Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/22

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neveux, distribués dans les quatre parties de la salle applaudissent à tout rompre. Le public se sent soulagé quand il salue et se retire : mais la famille enthousiasmée n’est pas satisfaite et rappelle son protégé pour l’entendre de nouveau.

Mesdames et Messieurs, dans ce concert, je n’ai pas besoin de vous le dire, le mauvais chanteur ou le pianiste enragé n’a pas encore paru. Vous l’attendez, vous, le cherchez des yeux, vous le sentez vous menacer à chaque instant, vous vous dites qu’il va venir…

Eh bien ! le voici : c’est moi ; c’est moi qui, désordonné dans mon ambition, complet dans mon malheur, remplace à la fois le mauvais chanteur et le pianiste enragé ; les notes que je tiens à la main sont les seules fausses notes que vous entendrez durant la soirée.

Il faut, vous me l’avouerez, un certain courage pour prendre ainsi la parole au milieu d’un concert, pour venir lutter à l’aide d’une simple causerie contre les romances, les chansonnettes et les airs de violon. On court risque d’être mis en pièce ou en musique, avec accompagnement de sifflets.

Aussi, prévoyant l’orage, voulant conjurer le danger, j’ai fait comme l’élève-musicien dont je parlais tout à l’heure ; je me suis assuré d’un certain fond d’applaudissements sur lequel vous êtes libres, bien entendu, de semer des cris d’enthousiasme. J’ai dispersé dans la salle, mieux que des parents, mes plus fidèles lecteurs, — ceux pour qui j’écris de préférence, — mes meilleurs abonnés — ceux qui paient leur abonnement d’avance et en papier ; — et ils m’ont promis de m’acclamer à tout événement.

On m’a glissé entre la première et la seconde partie pour que je tienne moins de place. Je ne viens donc que remplir un quart d’heure d’entr’acte et donner aux artistes le temps de se reposer.

Le sujet que j’ai choisi vous touche de fort près : Une Promenade à St. Roch.