Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



UNE PROMENADE À ST. ROCH.[1]


Mesdames et Messieurs,


Dans tout concert bien organisé, il y a un mauvais chanteur ou un pianiste enragé ; et même le concert n’est complet que si le mauvais chanteur ou le pianiste enragé figure dans les deux parties du programme. Au commencement, il vous fait trembler pour l’avenir et regretter d’être venu : à la fin, il vous console de voir la soirée sitôt finir.

Chanteur ou pianiste, c’est d’ordinaire l’élève qui paie le mieux le professeur et qui a arraché à la complaisance de son maître la promesse qu’il le ferait figurer dans ses concerts à titre d’échantillon de son art, comme le plus beau fruit de sa serre-chaude musicale, comme le plus magnifique jet de son réservoir à notes. Il crie ou il pianote ; il pose en ténor à la voix douce, au cœur tendre, ou il se démène en musicien inspiré ; tandis que ses parents, son père, ses oncles, ses frères, ses

  1. Causerie faite dans un concert de bienfaisance donné à la Salle Jacques Cartier, à St. Roch de Québec, en janvier 1869.