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LA SUCCESSION BONNET.


Québec, 22 août 1866.


Je l’ai dit ailleurs : notre littérature manque de types joyeux. On ne rit pas assez de ce bon rire que nos aïeux avaient importé de France en le développant. Nos personnages sont comme nous, graves et compassés. Ils ne gesticulent pas à tout rompre, à la façon de nos gens d’autrefois.

Ce n’est pas que ces types joyeux nous manquent dans la vie réelle. Tous les jours je rencontre des gens qui seraient tout à fait à leur place dans une œuvre comique. Ils souffrent même visiblement de n’y être pas, ils s’impatientent.

La France a toute une galerie moderne de types réjouissants, galerie non moins intéressante et plus curieuse que celle des grands hommes, car en la parcourant on ne rencontre que des figures épanouies qui n’ont coûté à l’humanité que des éclats de rire. Cette galerie s’ouvre par ce superbe personnage de Joseph Prudhomme dont l’effigie majestueuse orne presque tous les coq-à-l’âne contemporains, et se ferme provisoirement par ce marchand de crayons de génie, ce Mangin