Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/201

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— Je suis du Bas-Canada, dit-on à l’employé, qui vient faire la visite des malles.

L’employé réfléchit un instant et dit d’un ton grave :

— Je n’y vois pas d’inconvénients, pourvu toutefois que vous n’ayez pas de momie dans votre malle.

— Je vous répète que je suis du Bas-Canada et que l’insistance que vous mettez à pénétrer dans mon sac de voyage, indique en vous une absence totale de politesse internationale. Ce n’est pas ainsi que nous avons traité M. de Belvèze, ni M. Rameau.

— Connais pas ces messieurs. Vos clefs, s’il vous plaît.

— Je suis mal tombé, se dit-on, cet homme n’aime pas le Bas-Canada. Il est sans doute vexé de voir que, de soixante mille que nous étions à l’époque de la cession du pays à l’Angleterre, nous sommes maintenant un million.

À bord du convoi, entre le Havre et Paris, on entame la conversation avec son voisin.

— La Pompadour a fait bien du mal à la France et au Canada, dit-on pour engager l’entretien.

— Vous voulez dire Bigolboche, répond le voisin. Il y a quelques années que vous n’êtes venu à Paris, je vois. C’est Thérésa qui règne maintenant…

On essaie de parler du Canada à ses autres voisins. Il s’en trouve un qui connaît un négociant de Montréal ; les autres hochent la tête.

— Les Français auraient-ils oublié Jacques-Cartier ? se dit-on en entrant dans Paris.