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LE JOUR DE L’AN.


Québec, 4 janvier 1864.


Une jolie veuve dont le front était couvert d’un nuage de mélancolie sous lequel ses beaux yeux brillaient du plus doux éclat, me disait aux approches du jour de l’an :

— Savez-vous ce qui agace mes pauvres nerfs de ce temps-ci, ce qui me rend maussade pour tout le monde, moi qui ne l’ai jamais été que pour mon mari ? C’est l’approche du jour de l’an. Vous ne sauriez imaginer quelle antipathie je porte à cette réjouissance annuelle, à cette fête banale que le calendrier nous impose, que les hommes subissent pour ne pas déplaire aux femmes et que les femmes tolèrent pour ne pas faire pleurer les enfants. L’obligation de former des vœux de bonheur du bout des lèvres pour tous ceux qui vont venir m’en demander, de voir défiler dans mon salon une procession de gens qui me débiteront, souvent cinq ou six à la fois, les mêmes banalités en secouant sur mes tapis la neige de leurs bottes, m’emplit l’âme des plus noires pensées. Si vous