Page:Faguet - La Politique comparée de Montesquieu, Rousseau et Voltaire, 1902.djvu/244

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POLITIQUE COMPARÉE

« L’esprit de tolérance, qui faisait le caractère de toutes les nations asiatiques, laissa les bonzes séduire le peuple ; mais, en s’emparant de la canaille on les empêcha de la gouverner [ ? — Cela veut dire sans doute qu’en leur permettant de s’emparer de la canaille on les empêcha de la gouverner ] ; on les a traités comme on traite les charlatans ; on les laisse débiter leur orviétan dans les places publiques ; mais s’ils ameutent le peuple, ils sont pendus. »

L’histoire du genre humain est celle-ci et doit être celle-ci : « Le premier impudent qui osa faire parler Dieu était un composé de fanatisme et de fourberie… Le métier est bon. Mon charlatan forme des élèves qui ont tous le même intérêt que lui. Leur autorité augmente par leur nombre… Le roi du pays fait d’abord un marché avec eux pour être mieux obéi par le peuple ; mais bientôt le monarque est la dupe du marché : les charlatans se servent du pouvoir que le monarque leur a laissé prendre sur la canaille pour l’asservir lui-même. Le monarque regimbe, le prêtre le dépossède, au nom de Dieu, Samuel dépose Saul. Grégoire VII détrône l’empereur Henri IV et le prive de la sépulture. Ce système diabolico-théocratique dure jusqu’à ce qu’il se trouve des princes assez bien élevés et qui aient assez d’esprit et de courage pour rogner les ongles aux Samuel et aux Grégoire. Telle est, il me semble, l’histoire du genre humain. »

« On débite actuellement dans Rome la cinquième édition Délia Ri forma dVtalia, livre dans lequel il est démontré qu’il faut très peu de prêtres, et point de moines et où les moines ne sont jamais traités que de canailles. Il faut une religion au peuple ; mais il la faut plus pure et plus dépendante de l’autorité civile. C’est