Page:Faguet - Le Libéralisme.djvu/61

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partie vraie, en partie factice et artificielle. En ce qu’elle est vraie, elle a droit à nos respects et à notre culte ; en ce qu’elle est factice, elle n’a droit qu’à nôtre obéissance, et elle doit se souvenir que son seul titre étant la nécessité de la défense, son vrai droit, son droit honnête, pour ainsi parler, est défini par son principe et ne s’étend pas à plus qu’à ce que la défense exige. Vous, clan primitif, je vous vénère et je vous aime ; vous êtes ma racine ; vous êtes la cendre de mes aïeux. Vous, société actuelle, je vous aime et je vous vénère, comme représentant le clan primitif, et comme, après tout, en étant l’extension ; mais cependant souvenez-vous que vous n’êtes surtout qu’un expédient, qu’un moyen de défense, adopté faute de mieux et crainte de pire. Souvenez-vous que ce qui n’est pas vrai du clan primitif, à savoir contrat et traité et marché, ne laisse pas d’être un peu vrai de vous. Vous ne laissez pas d’être le résultat d’une association volontaire faite pour la défense d’intérêts communs, et par conséquent lorsque vous dépassez la fonction pour laquelle on vous a faite vous ne violez, sans doute, aucun contrat formel, mais vous outrepassez un « quasi-contrat », vous empiétez, vous allez plus loin que jusqu’où il était entendu, puisqu’il était rationnel, que vous allassiez ; vous faites un abus de confiance tacite. Si l’on vous a créée ou si l’on vous a supportée (ce qui, en raison, revient au même) pour se pouvoir défendre