Page:Faguet - Pour qu’on lise Platon, Boivin.djvu/112

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temps que ce soit, il est extrêmement difficile de fonder une morale sans l’appuyer sur une métaphysique.

Et enfin en particulier cela était tout spécialement difficile au temps de Platon et pour Platon. En Grèce, avant Platon on avait toujours procédé ainsi qu’il suit. Les anciens philosophes grecs étaient tous convaincus de cette idée qui n’est pas si fausse, du reste, que tant qu’on ne comprend pas l’ensemble on ne comprend aucun détail, et que tant qu’on ne comprend pas tout on ne comprend rien. En conséquence c’était par expliquer le monde qu’ils commençaient. Toute philosophie grecque était une cosmologie, une cosmogonie et une cosmographie. Ils commençaient par les premiers principes et les premières causes. Ils débutaient toujours par dire : « Au commencement il y avait… »

Rien du reste n’est plus humain. Les plus immenses questions sont celles des enfants et elles peuvent se résumer presque toutes en celle-ci : « Qu’est-ce que tout et pourquoi y a-t-il quelque chose ? » Et nous sentons bien tous que, si modestes et si modérés que nous soyons, nous nous faisons violence quand nous nous contentons de ces connaissances particulières, qui, tant qu’elles ne sont que particulières, ne tiennent à rien, et qui, parce qu’elles ne tiennent à rien, sont confuses