Page:Fauche - Le Mahâbhârata, tome 1.djvu/97

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pas mendier une seconde, et tu es encore bien gras ! De quoi fais-tu donc ta nourriture ? » 704.

« Oh ! répondit le disciple, je fais ma nourriture du lait de ces vaches. » — « Il ne te sied pas, reprit le maître de manger ce lait ; je ne t’en ai pas donné la permission. »

« C’est vrai ! » dit son disciple soumis. Il gardait toujours les vaches, et, revenant, sa garde faite, à la chaumière de son gourou, il restait debout devant lui et rendait son hommage au maître. 705-706.

Le voyant gras encore : « Mon fils Oupamanyou, lui dit son gourou, tu ne manges pas de la première aumône, tu n’en vas pas mendier une seconde, tu ne bois pas du lait des vaches : de quoi fais-tu maintenant ta nourriture ? »

« Oh ! répondit à ces mots son disciple, je lèche cette écume, que bavent les veaux, quand ils tettent au pis de leurs mères. » 707-708.

« Ces honnêtes veaux rejettent par compassion une écume plus abondante, lui répondit son maître. En agissant ainsi, tu nuis donc à l'accroissement de ces veaux : par conséquent ta sainteté ne doit pas même boire ce lait. » — « C’est vrai ! » lui répondit son disciple ; et il continua de garder les vaches. 709-710.

Arrêté ainsi de tous les côtés, il ne mange plus de la première aumône, il n’en va plus mendier une seconde, il ne boit plus du lait, il ne goûte plus même à l’écume bavée ; et, tourmenté de la faim, il arriva qu’un jour, il mangea des feuilles de la calotropis. 711.

Le suc d’un goût amer, acre, corrosif, piquant comme le verre, de ces feuilles mangées attaqua ses yeux ; il perdit la vue, et, tandis qu’il errait aveugle çà et là, il tomba dans un puits. 712.