Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/11

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la femme à l‘aiguille.

Pendant deux ans, on n’entendit plus parler de lui ; mais un matin, le voisin d’Alice était revenu, à l’ébahissement de tout le monde, décoré et capitaine de lanciers.

Ce fut un jour de fête au village.

La mère embrassait son fils avec orgueil. Alice qui aimait éperdûment la nouveauté, voyait revenir un brave camarade d’enfance, et comme les larmes des autres la faisaient facilement pleurer, elle se promettait bien d’user de toute son influence de fille d’Ève, pour épargner une douleur à la famille du voisin, en prolongeant indéfiniment le congé d’Edouard.

Il est assez difficile pour un militaire de se départir d’aucune des vieilles habitudes qu’il contracte au régiment.

Édouard avait conservé celle de faire de longues promenades sans but, rêvant il ne savait à quoi, et bien souvent dans ses excursions à travers le parc de la villa, il apercevait le chapeau de paille qui cachait la tête de linotte d’Alice, se mouvant gracieusement sous les feuillées de son jardinet.

Ce morceau de paille d’Italie eut le privilége de fixer un instant ses rêveries. Il se prit à penser qu’il pourrait trouver là-dessous, ce qu’il avait vu chercher vainement à bien d’autres — la véritable pierre philosophale du siècle — une bonne femme aimant bien son mari ; et il se promit de saisir l’occasion aux cheveux — bien qu’on prétende qu’elle est chauve — et d’étudier de près sa brunette de voisine.

On se brûle souvent les doigts à ces études-là.