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à la brunante

J’avais peur de rester, peur de m’en aller, mais lui continuait toujours gravement ; on aurait dit que son récit était devenu automatique.

— Le lendemain, je m’en tirai avec une légère migraine, suivie d’un singulier malaise qui ne me quitta pas de la journée. À mesure que tombait la brunante, cette curieuse sensation augmenta, et, quand vint l’heure de prendre du repos, ce fut avec un sentiment d’indicible terreur que je me mis au lit.

La pauvre Ursule qui ne se doutait de rien, glissa une mèche sur l’huile de la veilleuse, l’alluma, donna un dernier coup de ber au petit et s’en vint prendre place à mes côtés.

À force d’être travaillé par l’excitation nerveuse, je finis par tomber insensiblement dans une demi-somnolence, et peut-être aurais-je fini par m’endormir, si vers minuit et quart, l’épouvantable cheval n’était revenu piaffer à ma porte.

Elle s’ouvrit sans bruit comme le soir du Jour des morts. Un vent léger gravit l’escalier : ma porte barricadée se trouva tout-à-coup grande ouverte, et cette fois-ci, je vis clairement une forme diaphane et grisâtre, effleurer la catalogne de ma chambre à coucher, et s’approcher du berceau de Joseph.

Elle se pencha silencieuse sur le front de l’enfant ; un imperceptible murmure arriva jusqu’à mon oreille : c’était comme le bruit d’un baiser, puis se retournant à demi vers ma couchette, pour reprendre le che-