Page:Faucher de Saint-Maurice - Promenades dans le golfe Saint-Laurent, 1886.djvu/64

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LES ÎLES DANS

La Canadienne partit joyeuse, s’inclinant coquettement sous le baiser de la vague, et entraînant avec elle son bruyant équipage.

Six mois se passèrent, et avec eux une croisière comme chaque parole d’adieu l’avait souhaitée. Puis au mois d’octobre — mensonge, ou plutôt vérité de la poussière humaine, — l’élégant officier que tous avaient connu si jovial, si spirituel, si dévoué à ce que la religion nous dit d’aimer sur la terre, nous revenait seul, cloué dans une caisse que l’on déposa vers minuit, sur un quai, au milieu des colis de la cargaison.

L’agonie s’était passée ainsi.

Partie le 11 octobre au matin de la Longue-Pointe, près de Mingan, la Canadienne, après s’être mise en panne vis-à-vis la rivière au Tonnerre, armait un canot sur l’ordre du commandant qui avait manifesté le désir de se rendre à terre.

En route, M. Têtu se plaignit d’une violente douleur dans la région du cœur : mais de retour à son bord, le mal avait disparu assez pour lui permettre de réciter à son équipage la prière du soir.

Le mieux continua à se manifester. Après le souper il causa avec un garde-pêche de la côte nord, Beaulieu, et comme la mer devenait forte, il donna l’ordre à son capitaine de mettre sur les Sept-Iles.

Vers onze heures de la nuit le malaise regagna du terrain. Croyant à une indigestion, le commandant, avec cette nature énergique que tous lui connaissaient, sauta hors de son cadre pour prendre ce qu’il croyait être un vomitif. C’était de la poudre antimoniale, substance comparativement inoffensive, écrivait son prédécesseur, le commandant Fortin. Plus tard, ajou-