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chargés de l’historiographie, ne se sont pas gênés pour broder. Ils ont inventé de toutes pièces des romans comme Ruth, Esther et Daniel.

« On sait combien les chroniques, même relativement récentes, sont, comme celle de Froissard, peu dignes de foi ; que dire de celles de la Bible ? Elles contiennent de longues généalogies absolument contradictoires. On sait combien il est difficile, même de nos jours, d’avoir des généalogies absolument incontestables des familles actuelles ; comment pourrait-on admettre celles que donnent des livres qu’on prétend écrits à des époques où l’écriture n’existait pas encore ? Comment pourrait-on ajouter foi à de longues listes de noms qui se contredisent fréquemment ? La paléontologie, la physiologie, l’anatomie ont démontré que les êtres préhistoriques ne pouvaient guère avoir une existence plus longue que la nôtre. Pouvons-nous croire qu’Adam ait vécu 930 ans et qu’il ait eu son premier fils à l’âge de 230 ans, selon la version des septante ou de 130 ans selon le texte hébraïque ? Seth, 912 ans, Enos 705, Cainan 910, Maléel 895, Jared 962, Enoch 365 (la Bible dit : Enoch marchait selon Dieu et ne mourut pas mais disparut, Dieu l’avait enlevé, prototype de l’ascension et de l’assomption), Mathusalem 969 ans, Lemeth 777, Noé 950, Sem 600, Arfaxad 438, Abraham 175 ? Il faut avoir la foi bien ancrée dans la cervelle pour ne pas être frappé de la folie de ces chiffres. »

« Autre preuve de la véracité des livres de la Bible : dans I Samuel XIII, on lit : Saül avait un an quand il commença à régner et il régna 2 ans sur Israël. Dans Salomon, il est dit qu’il avait régné 40 ans, période indéterminée en hébreu. »

« C’est à l’époque qui s’écoula entre la chute de Samarie, 722 avant la naissance de J.-C. et la destruction de Jérusalem par Nébuchadrézar (Nabuchodonozor ou Nébuchadrézar), qu’on découvrit dans le temple le livre sacré (Deutéronome) sous le règne de Josias qui voulut imposer les réformes religieuses fondées sur cette découverte, mais il fut tué dans la bataille de Méggido par l’armée du Pharaon, Nécho. »

« Voici, d’après les savants théologiens les plus autorisés, qu’elles seraient les plus anciennes parties de la Bible recueillies par tradition. Comme la poésie chez tous les peuples a été la plus ancienne forme de la littérature, le plus ancien fragment de la Bible serait le chant de Déborah et de Barak (Juges V.). Vient ensuite le chant de l’épée (Genèse IV.), la bénédiction de Jacob (Genèse 49), le chant de triomphe de la Mer Rouge (Exode V.), le chant de Moïse (Deutéronome 32), la bénédiction de Moïse (Deutéronome 30), tous répétés de mémoire et recueillis par Esdras. »

« Le Livre de Josué consiste en diverses traditions et fragments qui ont été ajoutés jusqu’à l’époque grecque. Ce livre attribue à un homme, à une génération des événements qui se sont passés en plus d’un siècle. On y trouve force contradictions. »

« Les Juges. C’est une collection de légendes sur les champions nationaux, arrangées dans le but d’exposer les enseignements de Glosée et de Jérémie. »

« Samuel. Les deux livres de Samuel ont été tellement interpolés et arrangés, qu’il est difficile d’en suivre l’histoire. Samuel était un sorcier dans le genre des sorciers des sauvages : il n’avait guère qu’une réputation locale, il était inconnu de Saül, avant que son domestique lui en ait parlé (I Samuel IX 5–10). Les histoires de son enfance et le chant sur les Amalécites sont des additions plus récentes. Il faut remarquer la contradiction : I Samuel XII dit que c’est le peuple qui a réclamé un roi et aux chapitres 9 et 10 verset 6, c’est Dieu qui choisit un roi de, son propre mouvement. »

« Les Rois. Ce livre contient beaucoup de folklore,


de légendes de héros, surtout sur Salomon. La légende d’Élie est évidemment tirée d’un ancien mythe solaire. Le livre a été recueilli après le retour de l’exil, car il descend jusqu’à l’époque d’Evil-Mérodak. »

« Jérémie a été composé à l’époque de la chute du royaume de Judas, mais on y a ajouté toutes espèces de discours pour augmenter les paroles du prophète. Jérémie, dans ses moments de lucidité, prêchait les réformes de Josias et s’était, comme tous les réformateurs, mis à dos une partie de la population. Les prophètes étaient des espèces de déments semblables aux derviches orientaux. »

« Ezechiel. Pour encourager ses concitoyens en exil, le prophète leur parlait de l’avenir des Juifs et excitait à la haine de l’étranger. Ses créatures ailées étaient empruntées aux sculptures babyloniennes, mais je ne sais où il avait emprunté l’idée de manger des excréments. »

« Les Chroniques d’Esdras et Néhémie furent compilées environ 300 ans avant l’ère chrétienne, par des prêtres qui portèrent leur récit jusqu’à la reconstruction du temple et introduisirent le code ecclésiastique ou Lévitique, etc… Les compilateurs ont recueilli les traditions d’Esdras et de Néhémie. Ces ecclésiastiques écrivaient l’histoire à la façon du père Lorriquet, de Capefigue, de Thiers ou de Marco de St. Hilaire ; ces derniers historiens, adorateurs de Bonaparte, supprimant tout ce qui ne leur plaisait pas, exagérant les faits et gestes de leurs héros. Ces compilateurs avaient surtout pour but d’exalter la grandeur de David et de Salomon, deux atroces bandits quand on étudie sans prévention les récits des Rois et des Chroniques. Les compilateurs citent les livres non canoniques, comme le livre des Rois d’Isra et de Judas (2 Chroniques XVIII, 13), l’Histoire de Jéhu (2 Chroniques XX 34e), Commentaires ou Misdrah d’Iddo (2 Chroniques VI V 27e), Shemaïak et Iddo (2 Chroniques XII 15), Esdras et Néhémie sont des livres d’édification plutôt que des livres d’histoire. Des parties d’Esdras comme IV, 8–26, V-I ; VI 18 ; VII 12–26, sont écrits en aramaïque, la langue officielle de la cour de Perse.

« Daniel a été compilé à l’époque grecque, vers 150 ans avant J.-C. L’aramaïque est employé au ch. II 4 et à la fin du ch. VII. Daniel est un roman historique à la façon d’Alexandre Dumas, c’est-à-dire que les prêtres, ses auteurs, ont falsifié l’histoire, probablement pour stimuler la rébellion des Macchabées. Au ch. I verset 16 I, l’ouvrage contredit le deuxième livre des Rois XXII-XXIV. Tout le livre montre l’ignorance de la vraie histoire de la chute de Babylone et de la succession des rois de Perse. Daniel contient beaucoup de mots inconnus à l’époque où on prétend que ce livre a été écrit. »

« Esther a probablement été écrit au troisième siècle avant notre ère. C’est un roman sans aucune base historique emprunté aux mythes babyloniens. »

« Ruth, autre roman, probablement inventé pour faire croire que David descendait de Ruth, une Moabite. »

« Les Proverbes, attribués à Salomon, sont une collection d’aphorismes des sages de l’Orient, surtout de la Perse. La forme actuelle en est grecque. »

« Job, le plus beau poème de la littérature hébraïque. On y voit une époque déjà avancée où l’homme osait juger les actions de Dieu. On y trouve bien des interpolations, comme le chapitre XXVIII et les discours d’Elihu (XXXII-XXXVI). »

« L’Écclésiaste date de la dernière époque avant notre ère. C’est une œuvre philosophique attribuée à Salomon où sont enseignées des idées différentes de celles des Juifs. »

« Les Psaumes appartiennent aux plus anciens livres de la Bible, mais quelques-uns datent de l’époque