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DÉCOUVERTE. n. f. Action de découvrir ; de trouver une chose qui était ignorée, inconnue. Parvenir à percer l’obscurité de certains sujets. La découverte d’un pays, d’une mine. Une découverte scientifique. L’Amérique fut découverte en 1492 par le Gênois Christophe Colomb. Lorsqu’il décida de traverser l’Atlantique dans la direction de l’Ouest pour aborder aux rivages inconnus, de l’Inde, Christophe Colomb fut accueilli par la moquerie générale ; avec une pauvre flottille composée seulement de trois grandes barques, il partit pourtant le 3 août 1492 et, quelques mois plus tard, l’Amérique était découverte.

C’est aux découvertes successives de la science que nous devons le progrès. La nature indifférente possède en son sein des richesses incalculables, mais il faut que le génie humain les découvre ; ce n’est qu’à force de travail et de recherche que l’on arrive à percer ses secrets. La conquête de l’air, la T.S.F., autant de découvertes qui devraient être utiles à l’évolution de l’humanité, mais qui, hélas, sont bien souvent mises au service de la mort, et non de la vie. Les nombreuses découvertes qui ont illustré la fin du dix-neuvième et le vingtième siècle devraient permettre aux hommes de vivre libres et heureux. Mais les hommes se déchirent entre eux et passent leur temps à s’entre-tuer au lieu de s’unir et de s’aimer. Malgré l’ambition d’une fraction de l’humanité, qui profite en ce moment de la presque totalité des découvertes, le temps travaille à la régénération du monde, et l’heure est proche où les découvertes ne seront pas exploitées au bénéfice d’une portion, mais de l’humanité tout entière.


DÉCRASSER. verbe. Enlever la crasse ; nettoyer l’ordure qui se pose sur le corps ou sur les vêtements. Se décrasser au savon ; prendre un bain pour se décrasser. Au sens figuré : libérer un individu de ses préjugés ; lui donner une instruction, une éducation ; le sortir de l’ignorance dans laquelle il est plongé, lui donner du relief, le former, le façonner. D’un être rude et grossier, faire un homme bien élevé et sociable. « Nous étions de grands ignorants et de misérables barbares quand les Arabes se décrassaient. » (Voltaire). En France, lorsque la noblesse était encore puissante et qu’une famille bourgeoise achetait un titre ou une charge, qui donnait la noblesse, on disait qu’elle se « décrassait ».

Ils sont nombreux les individus à décrasser en ce monde. Voltaire écrivait déjà à son époque que « ce monde est une fort mauvaise machine qui a besoin d’être décrassée » et le travail n’a pas encore été accompli. La grande Révolution a passé, suivie de celles de 1830, de 1848, de 1871, et chacun de ces soulèvements ont enlevé un peu de la crasse qui s’accumulait depuis des années. Ce ne fut pas suffisant, et il faut continuer. Il ne faudrait pas s’imaginer que, seule, la bourgeoisie est responsable de l’état de choses que nous subissons. Le peuple a aussi une grande part de responsabilité dans le régime social qui nous est imposé. Le peuple se lave physiquement, mais intellectuellement et moralement il commence seulement à se décrasser. Son cerveau est encore encrassé de mille et mille préjugés qui le tiennent lié au passé et aux vieilles traditions, et ce sont tous ces facteurs rétrogrades qui entravent l’évolution.

Les croyances spirituelles s’effacent peu à peu. La crasse religieuse disparaît petit à petit, mais la crasse politique prend sa place et il faudra que le peuple prenne un bon bain pour retirer cette couche épaisse qui obstrue son intelligence. C’est en se décrassant que le peuple pourra acquérir le bonheur et là liberté. Qu’il se hâte, car personne ne se chargera de le décrasser s’il ne se livre pas lui-même à cette besogne.


DÉCRÉPITUDE. n. f. Affaiblissement général de toutes les fonctions organiques d’un individu ou d’une société. La décrépitude est le dernier état, l’extrémité


de la vieillesse pour un individu, et du déclin pour une société. Tous les vieillards ne sont pas atteints de décrépitude ; on peut vivre très vieux sans passer par cet état. Les causes de décrépitude sont ordinairement la faiblesse, la maladie, les mauvais soins, les privations, etc…, et son caractère est l’affaiblissement des fonctions de l’économie. Sans pour cela jeter le discrédit sur les vieillards, nous pensons cependant que, parvenu à un certain âge, le corps a besoin de repos et que le travail ne doit être exécuté que par la jeunesse. La vieillesse peut nous prodiguer les conseils utiles acquis au cours de l’existence par l’expérience de la vie, mais c’est à la jeunesse, source de force et d’avenir, qu’il appartient de forger l’outil social qui assure à chacun une somme de bonheur et de bien-être. S’il en était ainsi, la décrépitude serait un accident excessivement rare, car les hommes ne se tueraient pas au travail et nous n’assisterions pas au terrible spectacle de vieillards malades et infirmes incapables de répondre aux nécessités organiques de leur individu. D’autre part, si l’humanité était rénovée, — et elle le sera un jour — sans en exclure le plaisir et la joie, l’orgie et le vice disparaîtront d’eux-mêmes et nous ne serons plus dirigés comme nous le sommes aujourd’hui par des vieillards séniles, ignorants des besoins du peuple et attachés aux traditions du siècle passé.

Si on considère les hommes qui nous gouvernent en cette fin du vingtième siècle, nous pouvons avoir de sincères espérances. Représentants directs de la bourgeoisie et du capital, ils tombent eux-mêmes en décrépitude comme tomberont en décrépitude le capital et la bourgeoisie.


DÉCRET. n. m. Le décret est un acte, un arrêt, une décision du Pouvoir exécutif ayant pour but d’assurer le fonctionnement des services publics et l’exécution des lois. Le décret est donc un complément de la loi, et se différencie de cette dernière de ce fait que les lois sont votées par les Assemblées législatives, tandis que les décrets sont rendus par les chefs d’État ou de Gouvernement.

Il y a en France plusieurs catégories de décrets. La Constitution de 1875 accorde au Président, de la République le pouvoir de rendre des décrets dits « décrets gouvernementaux ». De même que les décrets spéciaux ou individuels, qui ne sont en réalité que des ordonnances et règlements d’ordre administratif, les décrets gouvernementaux sont contre-signés par un ministre. En général, dans la promulgation d’un décret, bien qu’il le signale, le chef d’État ne fait office que de paravent et le décret est toujours rendu à la demande du ministre qui en est l’auteur responsable. Il arrive parfois, lorsqu’un Gouvernement se trouve en difficultés, qu’il réclame du Parlement l’abandon de ses pouvoirs et l’autorisation de rendre des décrets ayant force de loi. C’est ce que l’on appelle les décrets-lois. Lorsque le Parlement répond favorablement à cette demande, le chef du Gouvernement est alors pourvu d’une puissance qui en fait un véritable autocrate, ses actes n’étant même plus soumis au contrôle des Assemblées législatives. Nous savons fort bien que la loi est une chose néfaste en elle même et qu’il n’y a rien de bon à attendre d’un Parlement ; il n’est cependant pas inutile de souligner que lorsqu’un Parlement abandonne les prérogatives qui lui ont été transmises par le peuple naïf et confiant, il abuse du pouvoir qu’il détient, et s’il agit ainsi c’est qu’aux époques de difficultés et de trouble, il n’a pas le courage de prendre ses responsabilités et préfère se livrer entièrement à un homme d’État qui exerce alors librement sa dictature.

Comme tout ce qui émane du Gouvernement, un décret ne peut jamais être bienfaisant pour le peuple. Les Gouvernants sont placés à la tête d’un État par une poignée