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aucune guerre ne peut être avantageuse pour une nation victorieuse ou vaincue.

On pouvait penser que les hommes sur qui pèsent la lourde responsabilité de la guerre, seraient éclairés à la lumière de la réalité et que, devant l’étendue du désastre qu’ils avaient causé, ils conserveraient le silence ; on pouvait espérer qu’ils reconnaîtraient l’erreur profonde qu’ils avaient commise en accusant de « défaitisme » les esprits assez clairvoyants pour prévoir ce qui allait arriver et que le « défaitisme » allait mourir à l’aube de la paix.

Il n’en fut rien ; il n’en est rien. Le défaitisme existe toujours ; il est devenu un spectre que brandit le Gouvernement lorsqu’il se trouve en difficulté, et les mêmes hommes qui ont accumulé les crimes monstrueux de la boucherie, poursuivent leur œuvre en accusant de « défaitisme » ceux qui ont « l’audace » de les critiquer et de les combattre.

Cependant, si les populations se sont laissées griser pendant la guerre par des mots vides de sens, il n’en sera pas toujours de même ; et le défaitisme pourrait bien triompher. Défaitistes ; les anarchistes le sont, si le défaitisme consiste à lutter contre toute guerre, défensive ou offensive, ce qui est la même chose ; défaitistes, ils le sont pour abolir un régime d’abjection qui provoque le massacre de toute une génération ; ils le sont également pour affirmer qu’il ne peut rien sortir de bon, de juste et de beau du capitalisme qui engendre la guerre et la mort.

Les défaitistes seront de plus en plus nombreux et le capitalisme en a étendu le nombre, par sa guerre et par son après-guerre. Il a pensé consolider ses assises dans le sang de l’humanité ; il s’est trompé et n’est arrivé qu’à ébranler plus fortement ses bases ; il chancelle aujourd’hui et recherche un équilibre qu’il ne trouvera plus. La situation est désaxée. Le capitalisme a recours à des moyens extrêmes pour allonger sa vie ; peine perdue et inutile, il est condamné. Il a créé le défaitisme, le défaitisme l’écrasera.


DÉFAUT. n. m. Absence, manquement, vice, imperfection physique ou morale. Ce qui est contraire à la vertu, à la perfection. « Avoir de grands défauts. » Le mot « défaut » s’applique aux personnes et aux choses ; on dit d’une œuvre imparfaite, défectueuse, qu’elle est pleine de défauts. Ce drap est tissé sur un métier usagé et est rempli de « défauts ». C’est en vain que l’on chercherait des qualités à cet homme, il n’a que des défauts.

« Ils rachètent ces défauts, par de grandes connaissances et par de grandes vertus. » (Voltaire.)

En jurisprudence, le mot défaut signifie, manquement. Faire défaut à un jugement, c’est-à-dire ne pas se présenter après avoir reçu l’assignation judiciaire. Etre condamné par défaut, ; être condamné sans avoir plaidé, sans être présent au jugement. On a toujours la faculté de faire opposition à un jugement, rendu par défaut, lorsque celui-ci vous est signifié. Etre en défaut ou être pris en défaut s’emploie couramment pour signaler le manquement à ce que l’on devait faire.


DÉFECTION. n. f. Action de faire défaut, d’abandonner une lutte, un parti, une action, à un moment imprévu. La défection est une lâcheté, car elle met en difficulté celui qui comptait sur un concours extérieur et qui se trouve seul pour accomplir l’acte projeté. La défection est le propre des individus qui n’ont pas le courage de s’affirmer, qui promettent tout ce qu’on leur demande et qui sont absents à l’heure où leur présence escomptée serait indispensable. Il faut toujours se garder de prendre des engagements lorsque l’on ne se sent pas la force et l’énergie de les tenir. La défection dans le mouvement révolutionnaire peut avoir des effets funestes. En période de calme, chacun peut se réclamer de révolutionnarisme et ce n’est que dans les époques


troublées et lorsque l’ardeur de la lutte exige que chacun fasse abandon d’un peu de lui-même que l’on peut juger de la sincérité du révolutionnaire. Hélas ! Quantité de ceux que l’on pouvait considérer comme des amis ne répondent pas à l’appel lorsque l’heure est venue de se dépenser, et la défection de ces révolutionnaires de pacotille, peut déchaîner des désastres. Et c’est pourquoi les Anarchistes n’ont pas confiance en ces partis politiques qui ne réclament de leurs adhérents qu’un bulletin de vote, car ils savent que l’on ne peut compter sur tous les électeurs naïfs qui pensent accomplir une œuvre révolutionnaire en déposant dans l’urne démocratique un morceau de papier plus ou moins rouge. Leur défection est certaine ; aussi, est-il plus sage d’être peu nombreux, mais résolus, que d’être nombreux et écrasés parce qu’abandonnés au dernier moment par une majorité de moutons.


DÉFENSE NATIONALE. n. f. La Nation nous dit le Larousse, est une « réunion d’hommes ayant une origine et une langue communes, ou des intérêts longtemps communs ». Notre conception de la nation n’est pas la même (Voir Nation), il nous semble ridicule de prétendre que les intérêts des différents éléments qui composent la nation française sont identiques. Pour nous la nation ne se présente que sous la forme d’une minorité d’oligarques, issue de la famille capitaliste, tenant courbé sous le joug économique et politique la grande majorité de la population d’un territoire déterminé. S’il arrive que les intérêts de cette minorité soient en opposition avec ceux d’une minorité appartenant à un territoire étranger, on déclare alors que la nation est en danger. Il faut la défendre et l’on organise ce que l’on appelle la « défense nationale ».

Nous avons tenté de démontrer par ailleurs (voir capitalisme) que la grande majorité des populations étaient exploitées sous toutes les formes par un capitalisme qui de jour en jour centralisait sa puissance, et que les intérêts de cette population étaient diamétralement opposés a ceux de ce capitalisme. Par quelle aberration ces peuples consentent-ils à donner leur vie, à se livrer à la défense nationale, alors qu’ils ne peuvent espérer en tirer que la misère et la mort ? Cela dépasse l’imagination d’un homme qui pense sagement et sainement. C’est cependant un fait indéniable que les hommes se précipitent dans la guerre meurtrière pour défendre une nation au sein de laquelle ils ne sont que des esclaves.

La défense nationale est habilement et adroitement organisée par les hommes qui ont la charge de diriger les nations au plus grand profit des intérêts capitalistes. Jamais on ne verra des chefs du Gouvernement avouer que la guerre entreprise est une guerre offensive ; elle. est toujours défensive, quelles que soient les causes qui l’ont déterminée et les ignorants se laissent prendre naïvement au stratagème puéril qu’emploient les représentants du capitalisme pour entraîner le peuple dans le carnage.

Lorsqu’une nation entre en guerre, voici de quelle façon on pose au peuple la question qui est résolue d’avance : « Notre pays vient d’être attaqué par des barbares ; nous vivions en paix dans la sérénité de notre labeur. Nous n’avions aucune ambition. Chacun était heureux. Allons-nous laisser envahir nos hameaux, nos villages, nos villes ? Allons-nous laisser détruire toutes les richesses accumulées par nos ancêtres ? Allons-nous laisser les tyrans nous arracher notre liberté ? Allez-vous laisser vos femmes et vos enfants être les innocentes victimes de nos ennemis qui veulent conquérir votre pays ? Et la population naïve, répond par le sacrifice. Elle ne veut pas qu’on lui dérobe les richesses accumulées, elle ne veut pas qu’on lui arrache sa liberté et elle va défendre la nation, et elle se prête, elle se livre, elle se donne a la défense nationale. Et il en est ainsi