Page:Faure - Encyclopédie anarchiste, tome 3.djvu/1

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MAC
1345



M


MACÉRATION n. f. (lat. maceratio, de macerare ; certains le rattachent au grec massô, pétrir, de la racine sanscrite makch ou maks, broyer, amollir, d’où viendrait aussi masticare, mâcher). Au propre, c’est l’action de macérer, de plonger plus ou moins longtemps un corps dans un liquide pour qu’il s’en imprègne ou y perde, par dissolution, un ou plusieurs de ses composants. On a recours à la macération pour certains condiments (cornichons, concombres), pour les fruits (prunes, cerises, pêches, etc.), pour le gibier, le poisson et autres matières animales que l’on conserve ou prépare dans la saumure et aussi dans le vinaigre et l’alcool. Mélanges acides et liqueurs corrosives prennent, à la faveur de ce mariage, le chemin de l’organisme.

On substitue judicieusement à ces procédés – après l’utilisation « nature », la première à considérer – soit la dessiccation simple, la salaison ou le sucrage, la stérilisation à l’étuvée, la pasteurisation, soit l’entreposage, dans un local approprié et tenu à une température convenable, des légumes et des fruits dont on veut échelonner la consommation. Quant aux viandes, dont l’absorption fraîche est la moins nocive, le raffinement qui consiste à les faire macérer ou « faisander » accroît évidemment leur toxicité.

Par une macération de plusieurs mois dans un liquide à base de sublimé corrosif on met les cadavres à l’abri de la putréfaction et on évite l’altération des formes. En chimie, macérer a pour but de débarrasser un corps de ses particules solubles, à la température ambiante. La solution ainsi obtenue porte aussi ce nom. Cette opération est particulièrement fréquente en pharmacie, L’extrait de quinquina, par exemple, s’obtient par macération.

On a donné par extension le nom de macération aux pratiques ascétiques de certaines religions, aux passions pieuses qui recherchent dans la souffrance un agrément au Seigneur. Dans ce mépris de « l’enveloppe charnelle » excellent en particulier, avec quelques religieux solitaires, les ordres cloîtrés dans des monastères ou assujettis à des règles collectives rigoureuses. Jeûnes, disciplines, flagellations, mortifications, privations et austérités de toute nature viennent au secours d’une mystique qui regarde comme une monstruosité la portion tangible de « l’œuvre de Dieu ». Pour échapper au démon de la chair, à cet appel de la reproduction sans lequel la lignée des créatures divines serait vite affranchie de ses stériles hommages, frères mineurs et bénédictins, moines œuvrants ou contemplatifs imposent à leur corps un épuisement et des supplices qui leur valent, à défaut d’une victoire totale sur leurs sens, au moins des trêves partielles et une paix provisoire. Ils y goûtent, dans la prostration de l’être affaibli, dans les troubles de l’hypnose, le délire et l’extase, cette évasion anticipée qu’ils caressent comme un délice et sur l’heure de laquelle la Providence aux secrets desseins leur interdit d’anticiper par un geste décisif. Ainsi le fanatisme égare les êtres à amoindrir en eux, à résorber si possible les forces les plus légitimes de conservation et de vie.

L’homme sain, raisonnable et lucide ne peut voir dans


ce refoulement une avance vers la perfection. Il n’entre en lutte avec lui-même que contre ses désordres maladifs et les obstacles que tares et préjugés obstinés accumulent devant l’être qui veut s’épanouir. Il tient pour absurde de s’insurger contre les poussées normales de sa vitalité. Il cherche seulement à accorder ses joies aux possibilités – d’ailleurs évolutives – de sa nature. Il en tâte l’harmonie permanente et sait qu’on ne rompt pas impunément d’ailleurs un impérieux équilibre. De la continence aux divagations sensuelles, de l’abstinence consomptive aux excès épuisants s’offre à sa jouissance une gamme sûre de plaisirs sans folie. Et s’il a, lui, la liberté du suicide, il n’y court pas davantage par la frénésie que par la macération… — L.


MACHIAVÉLISME s. m. (prononcez makiavélisme). Système politique que Machiavel, écrivain et homme d’État italien du xvie siècle (1468-1517) développe avec hardiesse dans le livre du Prince. Cette doctrine est regardée couramment comme celle du succès à tout prix, et justifiant le recours aux moyens les plus propres à y conduire, indépendamment de leur moralité. Mais elle a besoin, pour être bien comprise, d’être située dans son époque et entourée des circonstances qui firent un impie sans scrupule du disciple ardent de Savonarole. Vue de plus haut qu’en ses artifices ou sa brutalité, c’est aussi la doctrine athée de qui cesse d’en appeler à Dieu de l’iniquité invaincue pour ne plus mettre que la force au service de ses convictions.

Arme à deux tranchants, le machiavélisme commence par se considérer comme l’instrument de l’indépendance pour n’être en définitive, que celui du despotisme. Il manque à cette exaltation de l’énergie le contrôle de la raison, le scrupule à cette habilité, le respect de l’homme à une théorie affranchie de la sujétion divine. Une réprobation proverbiale, excessive comme tous les jugements sans appel, s’attache à l’homme qui se tourne vers les ressorts de l’homme pour le triomphe de ses visées, la réussite de ses combinaisons ; au système qui, délaissant les implorations stériles et renonçant aux réformations incertaines, entend se servir des vices eux-mêmes pour le salut public et tente de « faire sortir de la servitude générale le miracle de la liberté ». Autoritaire avant la lettre, convaincu que la tyrannie est un mal nécessaire, il lui demande le salut de la patrie. Au seuil du monde moderne, alors que, des siècles après lui, d’autres chercheront dans la force l’équilibre des sociétés, il remet au despote le soin d’assurer le bonheur commun. Et certains, qui aujourd’hui, fondent de bonne foi leurs espoirs sur la dictature, procèdent des mêmes illusions sans avoir les mêmes excuses…

Par extension : en parlant des affaires privées : perfidie, déloyauté.

Cependant, dans l’esprit de bien des auteurs et non des moindres, machiavélisme et jésuitisme se confondent. Or, voici ce que disait il ce sujet Edgard Quinet : « Je voudrais marquer ici la différence du machiavélisme et du jésuitisme, celui-ci est le complément nécessaire, indispensable de celui-là. Le premier n’atteint que l’homme extérieur ; le second s’empare de l’homme