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présentait les petites gens et les intérêts populaires, se fortifiait de jour en jour. Furieux, les Girondins s’en prirent aux Montagnards, et poussèrent la maladresse jusqu’à s’attaquer à Danton. Ils réclamaient par la voix de Guadet, des poursuites contre les auteurs des massacres de Septembre. C’était là ouvrir un dangereux débat.

Pendant que se déroulaient ces luttes, en dépit du clairvoyant Marat, qui avait déclare tout d’abord qu’il fallait faire confiance à la Convention, la situation financière et économique s’aggravait. Cambon déclarait un déficit de 116 millions. Les depenses de guerre s’élevaient à 228 millions. Impossible de combler ce gouffre. Les Montagnards conseillaient de prélever les frais de la guerre sur les fortunes acquises et de voter de nouveaux impôts. Mais les Girondins ne voulaient rien entendre. Ils avaient peur de ce qu’on n’appelait pas encore le socialisme, mais la « loi agraire ». D’autre part, ils laissaient les tripotages les plus éhontés se poursuivre avec la vente des biens du clergé, estimés à 2 milliards. Et ils faisaient « suer » les rentiers au profit des commerçants. Quant aux salariés, ils recevaient environ 20 sous par jour, alors que le pain coûtait environ 8 sous la livre, quand il y avait du pain et que le blé circulait.

D’un côté, misère des travailleurs, de l’autre côté, luxe insolent des profiteurs et nouveaux riches. Et la République était à peine à son aurore.

Les plaintes contre les fraudeurs affluaient de tous les coins de province. L’un des plus dénoncés était le fameux abbé d’Espagnac, protégé par Danton. Un autre était le juif Benjamin. Cambon s’écriait : « Cette race dévorante est pire encore que sous l’ancien régime ». Tous les Girondins faisaient la sourde oreille.

On comprend, dès lors, que les masses ouvrières aient chargé la Gironde de leur haine. La Montagne, du reste, ne paraissait pas comprendre davantage la situation. Les Jacobins ne bougeaient point. Il fallut l’action de la Commune et des sections parisiennes pour poser le problème de la vie et réclamer la taxe. Jacques Roux, orateur populaire, meneur de la section des Gravilliers, porte-parole des pauvres, n’hésitait point à attaquer la Convention entière. Il l’engageait à réprimer l’accaparement. A ses côtés, Varlet installé sur la terrasse des Feuillants, haranguait la foule, accusait les Jacobins. Il s’intitulait « apôtre de la Liberté ». Derrière ces deux hommes qui représentaient les intérêts et les désirs des pauvres gens, il y avait le club des Enragés, dont l’influence se faisait de plus en plus sentir. Chose curieuse, Marat se refuse à les servir ; Hébert les soutient mollement. Toutefois, les Montagnards sont obligés de faire des concessions. Mais la vie chère persiste. Et c’est de cela que vont mourir les Girondins.

Au dehors, la guerre continuait. Les pays voisins étaient envahis. On touchait à la guerre de conquêtes. On annexait des territoires. Les généraux décidaient, et il fallut que Cambon s’élevât véhémentement contre ces méthodes pour que la Convention vît le péril. Cependant, elle ne tenta rien de sérieux. Là-dessus se forma la première coalition contre la France révolutionnaire. Les positions conquises en 1792 furent perdues. La Belgique fut évacuée. Les Autrichiens et les Prussiens avancèrent. Et Dumouriez passait à l’ennemi. Danton, qui se trouvait alors à l’armée, fut accusé de complicité. Il riposta en accusant Brissot et ses amis. La Montagne le soutint chaleureusement. De cette bataille sortit le Comité de Salut-Public, où figuraient Danton et son ami Delacroix.

La disette s’aggravait. Le peuple souffrait de la faim. Des émeutes éclataient. Des épiceries étaient pillées. Des pétitions parvenaient, nombreuses, à la Convention et Jacques Roux approuvait publiquement les pi-


llages. La « loi agraire » et le partage des biens étaient prêches un peu partout.

C’est alors que surgit la révolte de la Vendée. Grave péril pour la République. Prêtres et Chouans donnent la main aux Anglais pendani que les émigrés suivent Autrichiens et Prussiens. Jamais la France ne fut aussi près de la mort.

A Paris, les Enragés imposent aux Montagnards, qui se rendent enfin compte du danger, des mesures radicales : cours forcé de l’assignat, maximum des grains, etc… En même temps, ils constituent des comités de surveillance pour « tenir ta respect et surveiller les autocrates ». Ils amorcent, peu à peu, le redoutable Tribunal révolutionnaire. Nous entrons ainsi dans la période de la Terreur.

En réalité, dès la Législative, on peut dire que l’histoire de la Révolution n’est, faite que des luttes, parfois sanglantes — comme à Lyon, avec Châtier — des pauvres et des travailleurs, aux vagues aspirations communistes, et des riches, profiteurs, exploiteurs du nouveau régime. Cela durera jusqu’à Babeuf, dernier apôtre de la classe ouvrière.

Les Girondins, bourgeois lettrés et artistes, tous ou presque tous fortunés, issus de la bourgeoisie et de la petite noblesse, apeurés devant les nécessités révolutionnaires, devaient fatalement succomber. Du reste, ils accumulaient les maladresses, menaçant Paris (discours du fameux Isnard), parlant de siéger en province, etc…

Le 12 avril, Guadet, fort mal inspiré, réclamait un décret d’accusation contre Marat. L’Ami du Peuple, dans son journal, avait justifié quelques pillages de boutiques. Renvoyé devant le tribunal, il fut acquitté et triomphalement porté sur les épaules des gens du peuple à la Convention. Les Girondins furent attérés.

Quelques jours après, les sections de Paris apportaient à la Convention une pétition contre les chefs de la Gironde. Vingt-deux d’entre eux étaient désignés. La Commune, les Jacobins, Robespierre, soutinrent les sections. Robespierre allait même jusqu’à faire sienne la politique économique des Enragés et à dénoncer la propriété qu’il subordonnait à l’intérêt social.

La Gironde résistait, malgré tout. Elle décidait de casser les autorités parisiennes. Or, la Commune était, à Paris, la seule force véritablement organisée. Elle avait en mains la garde nationale et les sections. N’importe. Les Girondins firent voter une commission des Douze, dirigée contre la Commune et qui, pour ses débuts, ordonna l’arrestation d’Hébert, de Varlet, de Dobsen, juge au tribunal révolutionnaire. La Commune, furieuse, vint protester à la narre de la Convention et s’attira une riposte d’une violence maladroite d’Isnard, menaçant sottement la capitale de la France de destruction. Cette fois, c’était bien la guerre civile.

Robespierre, aux Jacobins, appelle le peuple à l’insurrection ; Marat réclame lu déchéance des Douze, Camille attaque furieusement Brissot et la Gironde. Finalement la Convention fait remettre Hébert, Varlet, Dobsen en liberté. Aussitôt, Dobsen convoque les sections à l’Evêché, où siègent les Enragés. Un Comité insurrectionnel secret est nommé. Le 31 mai, l’insurrection est déchaînée. Hanriot est nommé chef de la Garde Nationale. Les Jacobins se rallient au Comité insurrectionnel. Le 31 mai, les pétitionnaires se dirigent vers l’Assemblée. Ils réclament une année révolutionnaire, le pain à trois sous la livre, des taxes sur les riches, l’arrestation des suspects, le licenciement des nobles, officiers, etc… Ils pénètrent dans l’enceinte de la Convention. Les Girondins protestent. Robespierre intervient. Mais cette journée n’eut rien de décisif.

Ce n’était, du reste, que partie remise. Le Comité révolutionnaire agissait. Il faisait arrêter Roland. Puis, le 2 juin, il envoyait Hanriot à la tête de la force