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Les Tuileries étaient défendues par neuf cents Suisses et trois cents chevaliers de Saint-Louis. Les gendarmes et les gardes nationaux pactisaient avec les insurgés. Mais, dès les débuts de l’action, le Roi et la Reine, pris de peur, abandonnent le Palais et viennent chercher refuge à l’Assemblée. Pendant ce-temps, on se battait. A l’Assemblée, le Roi ordonne aux Suisses de se retirer. Le château est envahi et incendié. Paris, pris d’une sorte d’ivresse, renverse les statues des rois, fait disparaître les fleurs de lys, saccage les monuments qui rappellent la monarchie. A l’Assemblée, la suspension du Roi est votée, ainsi que son emprisonnement au Luxembourg. Mais la Commune proteste ; elle s’empare de la famille royale et la conduit au Temple.

Un nouveau ministère est formé. Il offre cette particularité que l’agitateur Danton prend le portefeuille de la Justice. Il va très vite devenir le maître.

La Commune, cependant, est encore plus maîtresse que Danton. Elle décide que la future Convention sera élue au suffrage universel, que les prisonniers condamnés pour pillage seront libérés, que les grains seront taxés, qu’un tribunal révolutionnaire jugera les traîtres et les royalistes. Tout cela, la Commune l’impose à la Législative ; mais elle n’agit que sous la pression populaire.

Sur le théâtre de la guerre, les nouvelles ne sont pas rassurantes. Longwy capitule. Verdun capitule. Les Prussiens s’avancent sur Chalon. La route de Paris est ouverte. Les Girondins attérés parlent de transporter le gouvernement en province, à Bordeaux (déjà !). La Commune, elle, réagit. Elle a, à sa tète, Huguenin, Rossignol, Manuel, Hébert, Panis, et derrière elle Marat, l’Ami du Peuple. Elle prétend lutter contre l’invasion par la terreur. Ce sont les massacres de Septembre en perspective.

Ces fameux massacres, presque tous les historiens les ont flétris, mais que sont-ils en regard de la Saint-Barthélémy et des guerres atroces de religion ? Les Parisiens, d’ailleurs, avaient d’excellentes raisons pour se débarrasser des nobles, des prêtres, des parents d’émigrés qui, à travers les grilles des prisons, ne cessaient d’injurier les révolutionnaires et d’appeler de tous leurs vœux l’invasion prussienne. Tous, du reste, depuis Roland et les Girondins jusqu’à Marat et Hébert, étaient d’accord pour donner la parole au peuple. Certains s’élevèrent plus tard, hypocritement, contre ces massacres. Mais ils les ont permis et même justifiés. Danton, ministre, a laissé faire. Nulle réaction contre ce lessivage sanglant.

Les prisonniers sont immolés à l’Abbaye, aux Carmes, à la Force, au Châtelet. Des tribunaux sont improvisés qui s’efforcent de respecter les formes légales. Les prisonniers sont appelés et jugés. C’est, l’huissier Maillart, vainqueur de la Bastille, héros des journées d’octobre, qui préside avec fermeté à l’Abbaye et sauve nombre de prisonniers.

Cela dure quatre jours. Des évêques, des prêtres, des anciens ministres, des courtisans sont mis à mort. Le 9 septembre, Fournier l’Américain, qui conduisait un convoi de prisonniers à Versailles, les laissa massacrer par les patriotes.

Ces événements sanglants, suivis d’autres massacres en province ont pour résultat d’épouvanter l’ennemi et les contre-révolutionnaires. Les sans-culottes qui partent aux armées se sentent rassurés sur le sort de leurs femmes et de leurs enfants. Et, tout à coup, ce fut Valmy. Les Prussiens reculaient. Ce même jour, la Convention se réunissait. Robespierre, Marat, Collot d’Herbois, Tallian, Billaud-Varenne, Camille Desmoulins, Danton, Panis, Legendre, Sergent en faisaient partie ainsi que les Girondins, presque tous réélus et augmentés de Buzot, Lanjuinais, Pétion, Roland, Barbaroux.

La Révolution entre dans une ère nouvelle.

Le premier soin de la Convention fut de proclamer


l’abdication de la royauté. Nous voici en l’an I de la République. Mais, dès les débuts, les désaccords se manifestent entre la Gironde et la Montagne. Les Girondins sont des bourgeois, lettrés et artistes, voltairiens et anticléricaux ; ils se méfient de la Commune et estiment que, du moment qu’ils ont le pouvoir, la Révolution ne doit pas aller plus loin.

Les Montagnards, eux, sont plus près du peuple et, pour la plupart, se réclament de Jean-Jacques, — les Dantonistes formant un groupe à part. Ils sont vaguement socialistes, encore que le mot n’existe pas et qu’on ne parle guère que de loi agraire. Ils combattent pour les pauvres. Ils sont, d’ailleurs, poussés, l’épée dans les reins, par les hommes de la Commune et par le groupe des Enragés qui s’affirment communistes et que mène Jacques Roux.

La bataille ne va pas tarder à s’engager entre les deux fractions de l’Assemblée qui se jettent à la tête les pires accusations. Les Girondins, d’abord, essaient de lutter contre la Commune et s’attaquent au trio Marat, Danton, Robespierre qu’ils accusent d’avoir voulu Septembre. Ils ont affaire à très forte partie. Danton, seul, par sa vénalité et les opérations effectuées lors de son passage au ministère, prête le flanc. Il se défend mal. La Convention le condamne moralement en lui refusant son quittus. Mais les Girondins n’osent poursuivre leurs avantages.

Vers la fin de l’année, la Commune est renouvelée et les Girondins réussissent à introduire un des leurs. Seulement, Chaumette et Hébert étaient, l’un procureur général, l’autre syndic. Au fond, la Gironde, maîtresse du Pouvoir, s’avérait sans force comme sans prestige. Son impopularité augmentait tous les jours, pendant que les Jacobins apparaissaient comme les arbitres de la situation.

C’est alors que s’engage le procès du Roi. Les Montagnards n’avaient qu’une idée : guillotiner le Roi pour sceller l’union des véritables républicains. Quant à ceux qui refuseraient de voter la mort, on aurait le droit de les considérer comme des traîtres et des amis de la contre-révolution. Les Girondins ne surent pas voir le piège qui leur était tendu. Ils essayèrent de sauver la tête royale, mais ils reculèrent au moment de s’engager nettement, usant de procédés maladroits. L’heure n’était plus à l’indulgence et quand Marat réclama le vote public et l’appel nominal, il était impossible de reculer.

Le roi fut condamné, après avoir comparu deux fois : les 11 et 26 décembre, et avoir été assisté par Tronchet. De Sèze, Malesherbes. Par 683 voix, Louis Capet fut déclaré coupable de conspiration contre la sûreté générale de l’État. Le vote dura vingt-six heures parmi les applaudissements ou les huées de la foule des spectateur. En réalité, c’était bien le peuple qui condamnait et obligeait, les Girondins à condamner. Ces derniers employèrent tous les moyens pour sauver la tête du Roi. Danton, tout en hésitant, s’associa par instants à eux, fidèle à la promesse qu’il avait faite à Lameth de tenter d’épargner le Roi. (Voir les mémoires de Théodore Lameth). Là-dessus, on fit la découverte de la fameuse armoire de fer bourrée de documents compromettants pour la Cour. Dès lors, la cause était entendue.

Autour de l’exécution de Louis, les royalistes ont établi la légende du Roi-Martyr. En réalité la prison du Temple lui fut assez douce. On est stupéfait qaujourd’hui quand on consulte les comptes de la Commune, de voir ce que ce monarque, un ogre véritable, e pu consommer de vivres — et parmi les meilleurs — à une époque où le peuple parisien était en proie à la plus affreuse disette.

Les manœuvres des Girondins, leur tentative d’appel au peuple les perdirent définitivement dans l’esprit public, cependant que la Commune de Paris, qui re-