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et répudier formellement toute promiscuité avec les exploiteurs et falsificateurs du véritable Communisme, il était préférable que les Anarchistes cessassent de se dire « communistes ». Mais il a été répondu à ces délégués que les mots destinés à exprimer les idées les plus justes, les plus nobles vérités et les sentiments Ies plus généreux, tels que : liberté, justice, fraternité, paix, amour, ont été, eux aussi, et, plus que jamais, sont détournés de leur signification véritable, perfidement exploités et indignement galvaudés. Et, à la suite d’un échange de vues très approfondi, il a été décidé que, bien loin d’abandonner le Communisme à des Partis politiques qui trahissent celui-ci, les Anarchistes continueront à se proclamer Communistes puisque, seuls, ils le sont réellement, et puisque ceux qui composent « le Parti Communiste » ne le sont pas, soit qu’ils ne l’aient jamais été, soit qu’ils aient cessé de l’être. — Sébastien Faure.


COMMUNISTE (LE PARTI). n. m. Organisation internationale qui a pour but de remplacer dans le monde entier la société capitaliste où la propriété est individuelle par une société communiste où les produits appartiendront à la collectivité.

Cette société ne peut s’établir que par la révolution ; le parti communiste est donc révolutionnaire. La transition entre le capitalisme et le communisme doit se faire par la dictature du prolétariat, dans laquelle les classes ouvrière et paysanne deviennent classes dominantes.

Le succès du communisme assuré, la dictature du prolétariat s’efface ; l’Etat est supprimé comme inutile ; le Gouvernement des hommes est remplacé par l’administration des choses (Lénine).

Le parti communiste est dirigé par un Comité international (Komintern), qui siège à Moscou ; il comporte un présidium composé d’un nombre restreint de personnes et des délégués de tous les pays qui ont un parti communiste.

Le Komintern dirige effectivement les partis nationaux. C’est lui qui donne le thème tactique (thèses) sur lequel devra porter la propagande. C’est lui qui organise les cadres des partis nationaux ; exclue les leaders dont la politique ne lui semble pas conforme à l’intérêt du parti. C’est à lui qu’en appellent en dernier ressort les leaders exclus par leur parti national. Le parti national n’est qu’une section de l’Internationale Communiste.

Parti communiste russe. — Le parti communiste russe a été fondé en 1903 à la suite d’un Congrès national du parti social démocrate. Les minoritaires se groupèrent à part et prirent le nom des mencheviks, c’étaient les moins avancés ; ils correspondaient à peu près au parti socialiste de France. Les majoritaires formèrent le parti bolchevick de (bolche) plus. Ils formaient la gauche du parti.

Avant la guerre le parti communiste était peu nombreux. Son organisation était entièrement clandestine. Ses chefs, Lénine, Zénoviev, etc., vivaient surtout à Londres, Genève, Paris. Ils parvenaient à fonder des petits journaux tels l’Iskra (L’Etincelle), qu’ils envoyaient secrètement en Russie.

Contrairement au parti socialiste révolutionnaire, le parti bolchevick n’admettait pas la propagande par les actes individuels de terrorisme, c’est pourquoi il semblait, avant la révolution, un parti modéré. Mais il n’en est rien, malgré la violence de leurs moyens, les socialistes révolutionnaires russes ne sont guère plus que des républicains démocrates.

Lorsque les Bolcheviks eurent conquis le pouvoir, le parti communiste devint naturellement nombreux et fort : 600.000 membres en 1921. Les dirigeants pensèrent même que le parti était trop nombreux, ils soupçonnèrent une fraction de ses membres de n’y être entrés que


par intérêt. Ils se livrèrent donc à des épurations et réduisirent les effectifs à environ 300.000. De semblables opérations ont lieu de temps à autre et l’entrée dans le parti communise russe est difficile. Il faut en général avoir un passé, pouvoir prouver qu’on a travaillé à la préparation de la révolution, être allé en prison sous le régime tsariste, etc…

Les jeunes gens qui ne peuvent encore avoir de passé entrent aux Jeunesses Communistes.

Les femmes ont une organisation spéciale avec Comité central. Mme Kollontaï a été longtemps la secrétaire générale de cette organisation. Elle l’a quittée pour devenir ambassadrice.

L’organisation des femmes a été instituée pour faciliter la propagande auprès des ouvrières et des paysannes qu’il s’agit avant tout de ne pas rendre hostiles au nouvel ordre de choses. Néanmoins les femmes indépendamment de leurs groupes spéciaux peuvent, aux mêmes conditions que les hommes, entrer dans le parti proprement dit.

L’unité de groupement du parti communiste est la cellule. Elle groupe les ouvriers d’un atelier, d’une usine, les employés d’un restaurant ou d’un magasin.

Après la cellule vient le rayon qui comprend un certain nombre de cellules d’une même région. Au-dessus sont les organisations centrales.

Les Congrès ont lieu assez souvent ; néanmoins l’autorité vient d’en haut et non de la masse des militants. Les leaders du parti communiste sont de véritables chefs ; ils élaborent les thèses qui règlent la propagande et on les impose au nom de la discipline du parti.

Parti Communiste français. — Fondé au Congrès de Tours, en 1920, où s’est effectuée la scission du parti socialiste. La droite composée surtout des leaders, des parlementaires et des intellectuels, a continué l’ancien parti socialiste ; la gauche qui formait la majorité du Congrès, s’est constituée en parti communiste, section française de l’internationale communiste : S. F. I. C.

Cachin et Frossard, rapportaient de Moscou les 28 conditions d’admission du parti socialiste français dans le parti communiste. Ces conditions visaient à débarrasser le parti du réformisme électoraliste et à en faire un parti d’opposition violente qui préparerait la révolution sociale.

Outre les sections on prévit la constitution d’organisations illégales où seraient dressés des militants prêts au besoin à l’action violente. Un appareil de propagande clandestine dans l’armée était aussi en projet.

Aux vingt et une conditions, on en ajouta une vingt-deuxième par laquelle les adhérents s’engageaient soit à ne pas entrer dans la franc-maçonnerie, soit, s’ils en faisaient déjà partie, à en donner leur démission.

Le parti communiste russe considère en effet la franc-maçonnerie comme une société où se pratique la collaboration des classes et susceptible de détourner le prolétariat de la révolution.

Beaucoup de militants n’avaient pas adhéré sincèrement aux conditions de Moscou. Vieux politiques pour la plupart, habitués des Congrès, des Conseils nationaux, etc., ils espéraient qu’il en serait des vingt et une conditions comme de tant d’autres résolutions ; qu’on les oublierait vite et que le parti communiste pourrait continuer la politique de réformisme et de parlementarisme qu’il pratiquait avant la guerre sous le nom de parti socialiste.

Moscou ne l’entendait pas ainsi. La révolution russe, pour réussir, avait besoin de la révolution mondiale, il fallait donc à tout prix sortir les partis communistes des ornières politiciennes dans lesquelles ils avaient tendance à revenir et en faire des organismes d’opposition révolutionnaire irréductibles aux gouvernements bourgeois.