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Dans un sens favorable, chez les Païens : victimes, offrandes consacrées aux dieux du ciel, de la terre et de la mer. Les anathèmes étaient ou des animaux, ou des fleurs, parfois même des productions artistiques. Chez les premiers Chrétiens, toutes sortes d’offrandes, principalement celles qu’on suspendait, dans les églises, en souvenir de quelque grâce reçue du ciel. Dans un sens odieux : chez les Païens, victimes consacrées aux divinités infernales ; chez les Chrétiens primitifs, toute personne ou objet, destiné à la destruction.

En droit ecclésiastique, l’anathème est une sentence prononcée par un haut dignitaire de l’Eglise ou par un Concile, qui rejette hors du sein de la Société religieuse ceux qui en sont atteints et les voue aux flammes de l’enfer. On dit : « prononcer, fulminer, lancer l’anathème ; frapper d’anathème ; dire anathème à quelqu’un, lever l’anathème, s’exposer aux anathèmes. Par extension, anathème signifie réprobation, blâme solennel : « tout le monde jette l’anathème à l’assassin. » L’anathème et l’excommunication ne doivent pas être confondus. Ce sont deux mesures bien distinctes : l’excommunication interdit au Chrétien l’accès de l’Eglise et la communion ; l’anathème fait plus : il le retranche de la Société des fidèles. L’excommunication ne peut toucher les hérétiques, puisqu’ils sortent volontairement de la communion ; c’est l’anathème qui leur est réservé, ainsi, du reste, qu’aux grands criminels dans l’ordre politique et moral. Ces mots : anathème, excommunication qui, de nos jours, laissent indifférents les uns et font sourire de pitié les autres n’ont plus qu’une valeur historique ; mais, durant des siècles et aux époques de l’hégémonie catholique, ils possédaient un immense et terrible retentissement. Nul Chrétien n’osait les prononcer, ni même y songer, sans éprouver un indicible frissonnement. Au moyen âge, celui qui avait encouru l’anathème (voir moyen-âge, excommunication) était, de son vivant, en proie aux tourments de l’enfer. Pour lui, plus de repos, plus de tranquillité, plus de sommeil ; ses amis, ses proches le fuyaient comme un maudit, un lépreux ou un pestiféré. S’il ne se repentait pas publiquement, s’il ne faisait pas amende honorable, s’il n’était pas admis à résipiscence, il ne trouvait de calme que dans la mort. Souvent, l’anathème frappait des hérétiques de haute intelligence, de vaste culture et de puissante énergie ; ceux-ci, forts de leurs croyances, bravaient superbement la sentence d’anathème qui faisait trembler les autres et ils subissaient héroïquement le martyre plutôt que de se soumettre. Armand de Brescia, Jean Huss, Jérôme de Prague, nombre d’autres encore furent ainsi torturés, brûlés, après avoir été anathématisés. Si ces procédés monstrueux ne sont plus usités à notre époque, ce n’est pas que l’Eglise catholique les ait réprouvés et y ait renoncé d’elle-même ; c’est, uniquement, parce que l’Eglise, ayant perdu en partie sa prestigieuse puissance, ne pourrait se permettre de tels crimes sans soulever contre elle la réprobation et la révolte. — S. F.


ANATOMIE. n. f. (du grec ana, à travers et tomé, section). C’est l’étude de la structure des êtres organisés, à l’aide de la dissection. Dans un sens plus général et plus étendu, c’est l’étude des corps organisés, soit végétaux, soit animaux, pour nous faire connaître les organes et les parties élémentaires qui entrent dans la composition de ces êtres, non seulement au point de vue de leurs formes, de leur structure, de leurs connexions et de leurs propriétés physiques, mais encore sous celui de leur structure intime, de leurs propriétés chimiques, de leur développement et de leurs altérations. Cette science est la base de toutes celles qui ont pour objet les organismes vivants, telles que les sciences zoologique, physiologique et médicale qui lui sont rede-


vables de tous leurs progrès. Considérée ainsi, l’anatomie embrasse un champ immense, dont les divisions et subdivisions forment tout autant de sciences qui portent des noms spéciaux composés du nom du sujet dont cette science s’occupe et du mot tomie, qui signifie section, ou bien encore, elles gardent le nom générique d’anatomie modifié par un terme spécial. L’anatomie est dite descriptive quand elle étudie et décrit les organes les uns après les autres et indique leur poids, leur forme, etc. ; elle est dite générale, quand elle étudie les tissus et non les organes ; elle est pathologique quand elle étudie les lésions dues aux maladies ; topographique, quand elle se limite à une région déterminée. On la dénomme comparée, quand elle concerne l’étude d’un organe dans la série des êtres. Enfin, l’anatomie végétale s’occupe des tissus végétaux.

L’anatomie a été étudiée par les anciens. Parmi les causes qui ont retardé ses progrès, on doit surtout citer les préjugés religieux fort répandus dans l’antiquité et dont le christianisme hérita (comme de tant d’autres choses). Il faut venir jusqu’à Aristote pour trouver un véritable anatomiste ; encore n’est-on pas certain qu’il ait disséqué des cadavres humains. Il est, toutefois, le véritable créateur de la zoologie comparée et, en quelque sorte, le fondateur de l’anatomie générale dont il jeta les fondements. Après Aristote, c’est l’école d’Alexandrie qui, sous les Ptolémées, enseigne l’anatomie. C’est là que Protagoras va l’étudier et donner le nom d’artères aux vaisseaux qui partent de l’aorte. Hérophile distingue les nerfs des ligaments et découvre qu’ils président aux sensations et aux mouvements. Deux siècles plus tard, les travaux de Galien de Pergame témoignent d’immenses recherches et d’une remarquable sagacité. Mais Galien n’opère que sur des singes ; de là, des erreurs qui entravent la science aussi longtemps que persiste la foi dans le Maître : quatorze siècles environ. Enfin, Vésale vint qui affranchit l’anatomie, en ruinant la réputation de Galien. Depuis, elle a marché d’un pas rapide. Au xvie siècle, la Faculté de Médecine de Paris obtint le droit de prendre le cadavre des suppliciés. Servet découvre la petite circulation. En 1619, l’anglais Harvey découvre et démontre la circulation du sang ; l’italien Aselli et le suédois Rudbeck font connaître les vaisseaux lymphatiques et chylifères. En 1637, le hollandais Swammerdam écrit la Bible de la Nature. En 1638, le hollandais Leuwen-Loeck découvre le monde microscopique. Au commencement du xixe siècle, l’illustre Bichat publie l’Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine, ouvrage conçu et exécuté avec tant de maîtrise que, malgré quelques erreurs de détails, c’est encore le meilleur qu’on connaisse. Puis, Cuvier étonna le monde savant en démontrant que le globe avait été peuplé par des races d’animaux éteintes et en reconstituant le squelette de ces animaux à l’aide de débris dispersés. (Voir le mot « Paléontologie ».) L’anatomie doit encore beaucoup et d’immenses progrès aux travaux des Geoffroy Saint-Hilaire, Lamarck, Tenon, Béclard, Milne Edwards, Auzouk, Carl Vogt, Owen, Malgaigne, etc.


ANCÊTRES. n. m. (du bas latin ancestor, corruption du latin antecessor, celui qui précède, qui marche devant ; formé de ante auparavant et cedere marcher). Au pluriel et pris dans son sens le plus large, le mot « Ancêtres » représente l’incalculable lignée de tous ceux qui ont vécu avant nous, qui nous ont précédés dans la marche ininterrompue du temps écoulé et de qui nous pouvons tenir quelque chose, de quelque nationalité qu’ils soient. Dans les familles nobles, dans les maisons illustres, on limite le cercle des Ancêtres aux ascendants qui ont porté le même nom ou appartenu à la même maison ; « Faire honneur à ses ancêtres.