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c’est une véritable comédie à laquelle le peuple se laisse prendre, même lorsque le politicien opère en plein jour et en pleine lumière. Sous sa parole tout se transforme, les choses les plus infâmes, les plus ignobles deviennent des merveilles, et l’électeur, plongé comme en un rêve, aperçoit le paradis qu’il n’atteindra hélas jamais en réalité. Et puis tout s’estompe ; le charlatan a terminé sa séance. Le peuple est gros jean comme devant. Ce n’était qu’une illusion. Et il retournera cependant se nourrir de cette illusion malfaisante, car le peuple aime la fantasmagorie, il adore les fantômes et c’est ce qui fait son malheur.


FANTASTIQUE adjectif (du grec phantastikos). Qui n’existe que dans l’imagination ; qui est créé par la fantaisie. Un récit fantastique ; un conte fantastique, un voyage fantastique, un pays fantastique. La réalité brutale de la vie est tellement laide que l’homme se laisse facilement entraîner dans le fantastique et le surnaturel. Tant qu’il n’abandonne pas la proie pour l’ombre, ce n’est que demi mal ; mais bien souvent il se laisse accaparer par le fabuleux auquel il sacrifie la réalité. Alors, il devient une victime de son imagination ; Et cela est d’autant plus dangereux qu’autour de l’individu évolue toujours une nuée de charlatans prêts à exploiter sa crédulité. N’est-il pas fantastique d’avoir fait croire à des millions d’hommes, en 1914, qu’ils allaient se faire tuer pour le bien de l’humanité, et n’est-il pas plus fantastique encore qu’après cet immonde carnage on ose encore non seulement parler de guerre, mais préparer une nouvelle boucherie ? N’est-il pas fantastique que le peuple, qui est le nombre, qui a la force et la puissance, se laisse exploiter par une minorité de fainéants et de parasites ? Qu’attend-il pour se libérer de tous ses oppresseurs ? Des messies, des revenants, des fées ? Ceci existe dans la littérature fantastique, dans les contes pour les petits enfants, mais si l’homme veut vivre, il faut qu’il lutte, ce n’est qu’à ce prix qu’il achètera sa liberté.


FANTOCHE n. m. (de l’italien fantoccio, poupée). Un fantoche est une petite marionnette articulée que l’on meut à l’aide de fils. Il existe des théâtres de fantoches, et c’est une réjouissance pour la vue que d’assister an spectacle de ces petits personnages sans vie, mais qui, selon les capacités de l’artiste qui les anime, prennent des poses et des attitudes des plus comiques.

Ce qui est moins comique, cependant, c’est de penser que le monde ressemble beaucoup à ces théâtres de marionnettes, et que la grande majorité des individus sont des fantoches dont tous les membres sont attachés à des ficelles que tirent une poignée d’opérateurs.

N’est-ce pas un fantoche, c’est-à-dire une poupée, ce militaire qui tourne à droite ou à gauche, marche ou s’arrête, avance ou recule, selon le bon plaisir de son officier ? Un fantoche ce travailleur, qui produit ou qui chôme à la guise de son patron ? Un fantoche l’électeur qui se laisse conduire par son député ? Des fantoches en un mot tous les suppôts de la société bourgeoise, tous les fervents du suffrage universel, qui abandonnent leur volonté pour n’être plus que des mannequins à la merci de leurs dirigeants ? Le plus terrible, c’est qu’ils entraînent avec eux ceux que révolte un tel état de choses, et qui veulent rester des hommes dans un monde de fantoches. Combien de révolutions faudra-t-il faire pour mettre un peu d’esprit dans le crâne de toutes ces marionnettes ?


FANTÔME n. m. (du grec phantasma, apparition). Apparition fantastique, spectre. Certaines gens sont convaincues que les morts viennent de nuit rôder à l’entour ou à l’intérieur des habitations, et apparais-


sent aux vivants vêtus généralement de longs voiles blancs. Est-il besoin de dire que le fantôme est un personnage fictif et ne peut être le produit que d’une imagination maladive ?…

Les histoires des maisons hantées, visitées par des revenants, ne devraient plus, en notre siècle de science, être accueillies que par un sourire de mépris ou de pitié ; mais le préjugé de la mort est si profondément ancré dans le cerveau de l’individu, l’homme traîne avec lui un si lourd fardeau d’éducation faussée par la religion, qu’il ne s’est pas encore libéré de toutes les croyances ancestrales ; et chaque fois qu’un charlatan quelconque ou un pauvre d’esprit prétend avoir reçu la visite de fantômes, une foule d’imbéciles accueillent comme vérité indiscutable ces élucubrations.

Heureusement, à mesure que l’homme approfondit ses connaissances et étend son savoir, ces apparitions deviennent moins fréquentes et elles disparaîtront bientôt totalement, lorsque l’image de la science aura remplacé celles de l’Église et de la religion.


FASCISME n. m. Néologisme désignant un mouvement politico-social de féroce réaction, dépourvu de tout scrupule d’humanité et même de légalité, né en Italie, en 1919, de la terreur de la bourgeoisie devant la révolution qui semblait imminente, et devenu peu à peu maître du pays. Par extension de sens, on appelle fascisme le mouvement international de réaction qui est en train de se développer dans tous les pays, contre le prolétariat et contre la liberté, avec un caractère très net de militarisme et de violence et un vernis d’idéologie antidémocratique dans le sens automatique et absolutiste des gouvernements antérieurs à 1789.

Le mot fascisme n’a pas, en lui-même, de signification précise. Il dérive du mot « fascio » (faisceau), souvent employé autrefois, en Italie, dans les milieux prolétaires et populaires, pour désigner des groupes, des unions de personnes associées dans un but de lutte et d’émancipation. De 1870 à 1890 environ, les « fasci ouvriers » italiens constituèrent les premiers noyaux politico-syndicaux, dont se séparèrent peu à peu en se développant et se précisant, les divers mouvements internationalistes, socialistes, anarchistes, corporatifs, etc…

En 1892-94, on parla beaucoup des « fasci des Travailleurs » de la Sicile qui eurent un caractère nettement révolutionnaire et dont le mouvement fut étouffé par les proclamations d’état de siège, les fusillades et les emprisonnements, sous le ministère Crispi.

Vingt ans plus tard, quand éclata la guerre européenne, et que Benito Mussolini, alors directeur socialiste de l’Avanti ! et adversaire acharné de la guerre et de l’intervention italienne, devint tout à coup interventioniste et fonda, avec l’argent du Gouvernement français, Il Popolo d’Italia pour seconder l’agitation destinée à pousser l’Italie à la guerre, il se forma des « fasci interventionnistes d’action révolutionnaire », composés de tous les éléments des divers partis populaires et prolétaires acquis à l’idée de guerre, (républicains, socialistes, syndicalistes et anarchistes). Leur chef fut Mussolini. Très peu d’anarchistes adhérèrent à ce mouvement et presque tous, pour diverses raisons, s’étaient depuis longtemps séparés des camarades et étaient avec eux en opposition violente. Ces « fasci » conservèrent pendant la guerre un certain vernis révolutionnaire et socialiste, cachant assez mal, sous son langage démagogique, une politique soumise au militarisme et aux castes dominantes, mais suffisant pour séduire quelques éléments sincères parmi les jeunes. Ils furent la pépinière d’où, la guerre finie, devait venir le fascisme actuel.

Le fascisme actuel commence en 1919, avec la fondation, à Milan, par Benito Mussolini et quelques autres,