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même donné l’exemple du tact et de la sagesse. Et il ajoute : « Rien n’est plus déplorable qu’une critique théorique… et à distance. » Il condamne ainsi les procédés de ses amis. Il ne faut pas qu’une affaire comme celle de Glozel se renouvelle, dans laquelle on a vu les « officiels » essayer d’établir une sorte de trust de la préhistoire et la confisquer à leur profit. Ils refusent de voir ce qui n’entre pas dans leurs classifications, et ils en arrivent à nuire à la science qu’ils prétendent représenter.

Histoire de la Préhistoire. — La préhistoire a son histoire. C’est une science jeune, née d’hier, et qui possède déjà ses lettres de noblesse. Science neuve, révolutionnaire pourrait-on dire, elle a subi dès sa naissance de rudes assauts. Ne venait-elle pas démontrer que l’homme avait d’humbles origines, qu’il n’était pas sorti parfait des mains du créateur, et qu’il ne datait pas de 4.000 ans avant notre ère, comme le prétendaient les partisans du créationnisme, fanatiques de la genèse biblique, en tête desquels Bossuet qui résumait l’opinion des savants et des historiens sous le règne de Louis Le Grand ? Les hommes ne se sont aperçus que très tard qu’ils n’étaient pas nés ex nihilo, et qu’ils avaient pour ancêtres tous les animaux qui vivaient à la surface de la terre, bien avant l’apparition de la bête verticale.

Laissons de côté les cosmogonies, les théogonies les plus anciennes qui ont pressenti la vérité. Disons que Lucrèce peut-être considéré comme le précurseur des savants modernes, car le disciple d’Épicure, ennemi comme lui de tous les dieux, voyait dans l’espèce humaine une espèce qui n’échappait pas aux lois qui régissent tous les êtres. Dans son admirable poème : De la Nature, il a montré l’homme luttant pour vivre, grattant la terre avec ses ongles, se nourrissant de racines, tableau bien différent de celui qui représente le premier homme jouissant de tous les privilèges, au sein du paradis terrestre, avant la faute d’Adam.

On a cru longtemps que les instruments de silex étaient tombés du ciel, les pierres de foudre étaient considérées pour cette raison comme des talismans. Bernard Palissy, Mercati, Léonard de Vinci, ont d’abord fait justice de ces superstitions. Peu à peu la vérité s’est fait jour, avec De Jussieu, Mahudel, Goguet, Eckard, etc. Beaucoup d’autres savants, de philosophes, mériteraient d’être cités ici. Bornons-nous à rappeler que Jacques-François de Borda, né à Dax (1718-1803), naturaliste, dont personne n’a parlé, s’était intéressé particulièrement, pendant le xviiie siècle, aux silex taillés, que certains considéraient encore comme tombés du ciel, alors qu’ils étaient l’œuvre d’une main humaine. Dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du règne animal des environs de Dax, en Gascogne, De Borda écrit : « Les anciens habitants du pays, et vraisemblablement ceux qui les premiers y fixèrent leurs demeures, ont employé le silex pour en faire divers instruments… On trouve quelquefois dans les Landes des pointes de flèches faites de silex, mais grossièrement travaillées ; il paraît qu’on leur donnait la forme triangulaire en frappant la pierre. »

Le véritable fondateur de la préhistoire, le premier préhistorien, fut Boucher de Perthes (1788-1868), qui démontra que les silex taillés étaient l’œuvre de l’homme préhistorique. Naturellement on le traita de fou. Il lutta pendant un demi-siècle pour ses idées (nous avons conté, année par année, son long martyrologe, dans notre Philosophie de la Préhistoire (tome premier). Boucher de Perthes avait contre lui les savants officiels et les réactionnaires de tous clans. Depuis ses découvertes, la préhistoire a fait du chemin : on pourrait citer une centaine de préhistoriens qui ont marché sur ses traces. Lartet, Piette, Capitan, Breuil, combien d’autres ont contribué à enrichir la science préhistorique. Il y eut malheureusement des « officiels », parmi


les continuateurs de Boucher de Perthes, qui n’eurent ni sa sincérité ni son indépendance. Une équipe de chercheurs exempts de préjugés scientifiques ou autres a heureusement continué l’œuvre de l’homme libre —sous tous les rapports — qu’était le fondateur de la préhistoire (tous ses écrits, science, essais, philosophie, littérature, etc., sont ceux d’un anarchiste). On peut dire qu’entre leurs mains la science préhistorique s’est ressaisie : on attend de ces « amateurs » un renouvellement de ses méthodes et de son esprit qui permettra de résoudre le problème des origines humaines.

L’anté-préhistoire, les ères gèologiques. — Pour comprendre la préhistoire et saisir le problème des origines humaines, il importe, avons-nous dit, d’interroger la géologie. Celle-ci en est la meilleure introduction.

La Terre n’a pas toujours existé. Elle est relativement jeune, par rapport aux astres qui peuplent l’immensité. Un jour, dans cette immensité, un grain de poussière apparut. Ce grain de poussière a vu naître l’espèce humaine. Peut-être, dans d’autres mondes, existe-t-il d’autres espèces, plus ou moins voisines de la nôtre. Rien ne s’oppose à cette hypothèse. La terre a son histoire, comme tous les êtres qui ont vécu et vivent à sa surface. Elle n’est qu’un point dans l’infini, et n’échappe pas aux lois qui régissent l’univers. Elle a eu son enfance et son adolescence. Elle entre à peine dans son âge mûr. Elle connaîtra la décrépitude. Un temps viendra où elle ne sera plus qu’un astre mort, errant à travers l’espace.

Détachée de la nébuleuse solaire, la terre est devenue, en se refroidissant, une sphère liquide, à la surface de laquelle s’est condensée la croûte terrestre. Globe de feu, puis atome de boue, ainsi débuta la planète qui devait donner naissance au genre humain.

La Terre a d’abord connu une ère primitive. Pendant cette ère, elle est restée stérile. Cependant, s’élaborait lentement dans ses flancs le monde futur. Quand les conditions atmosphériques le permirent, la vie se manifesta, sous les formes les plus humbles. Puis elle se modifia, au cours de périodes d’une durée fort longue. La voir grandir et se développer, c’est assister au plus émouvant des spectacles, c’est suivre les péripéties du plus tragique des romans.

Dans les couches terrestres étudiées par les géologues, on peut suivre aussi facilement qu’en tournant les feuillets d’un livre, cette longue ascension de plantes et d’animaux vers des formes de plus en plus perfectionnées. On n’a trouvé aucune trace d’êtres vivants dans les roches cristallines fondues sous l’action de la chaleur et devenues solides par suite du refroidissement. Au contraire, dans les rochers sédimentaires, formées par la dissociation des précédentes, sous l’influence de différents agents, ces traces sont visibles : on peut les suivre sans interruption des infusoires jusqu’à l’homme.

On a donné le nom de fossiles aux restes d’espèces disparues trouvés dans les entrailles de la terre. On peut considérer les fossiles comme de véritables médailles de la création. Quelquefois des empreintes les remplacent, moules indélébiles qui ont conservé la forme des espèces.

L’histoire de la Terre a été divisée en plusieurs périodes plus ou moins longues. C’est ainsi qu’on distingue une ère archéenne (de arkhé, commencement). Pendant cette ère, le globe terrestre est vierge de toute trace d’être vivant, le milieu n’étant guère favorable à l’éclosion de la vie, ou les organismes qui ont vécu à cette époque ayant été détruits. Cette période, la plus longue des ères géologiques, a duré des millions d’années. L’océan recouvrait alors tout le globe.

Aux temps archéens succéda l’ère primaire. En cet âge primordial, vierge de tout visage humain, la plante et l’animal se confondaient. D’une cellule, formée d’éléments inorganiques, étaient sortis tous les êtres. La vie