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nés, on vit d’autres procès contre la Tribune, puis celui de la Caricature, de Philippon, qui valut à Daumier ses six premiers mois de prison pour son Gargantua, et celui de la Némésis, de Barthélémy. Ce fut à l’occasion de ces procès qu’Armand Carrel écrivit dans le National ce que Louis Blanc a appelé « une intrépide déclaration ». Il s’y déclarait prêt à résister par la force aux « sbires » de M. Périer qui viendraient l’arrêter pour délit de presse et il terminait ainsi : « Que le ministère ose risquer cet enjeu, et peut-être il ne gagnera pas la partie. Le mandat de dépôt, sous le prétexte de flagrant délit, ne peut être décerné légalement contre les écrivains de la presse périodique ; et tout écrivain, pénétré de sa dignité de citoyen, opposera la loi à l’illégalité, et la force à la force. C’est un devoir : advienne que pourra. » Le National fut saisi, mais on n’osa pas arrêter A. Carrel.

En 1833, la Tribune ayant accusé les députés dont les relations avec le caissier des fonds secrets étaient plus profitables qu’honorables, ce journal fut cité à la barre de la Chambre. Cavaignac et Marrast y firent le procès de la corruption parlementaire telle que le régime constitutionnel l’avait produite et qui avait fait, de toutes les Chambres qui s’étaient succédées, des « prostituées », dit Marrast. Bien entendu, il y eut condamnation. MM. les députés défendaient leur « honneur » bien qu’ils l’eussent si souvent compromis. Par 204 voix sur 304, le gérant de la Tribune fut condamné à trois ans de prison et dix mille francs d’amende. Or, sur les 204 « honnêtes » députés qui condamnèrent, il y avait 122 fonctionnaires qui recevaient des traitements pour des fonctions qu’ils ne remplissaient pas ; 26 autres tripotaient avec deux ministres associés de M. Decazes dans l’exploitation des forges de l’Aveyron !

La même année 1833 vit les procès du journal lyonnais La Glaneuse. Sa condamnation ne fut pas étrangère à l’agitation qui produisit l’insurrection de 1834. Les événements de Lyon eurent leurs échos à Paris où M. Thiers, ivre de sang, préparait le massacre de la rue Transnonain. La veille, il supprima brutalement la Tribune et Marrast dut s’enfuir pour échapper à un mandat d’arrêt.

Le procès des républicains, en avril 1835, devant la Chambre des pairs, fut précédé de celui du National dans lequel A. Carrel avait publié, le 10 décembre 1834, un article violent pour nier la compétence des pairs dans ce procès. Il avait écrit entre-autres : « Non, aux yeux de l’éternelle justice, aux yeux de la postérité, au témoignage de leur propre conscience, les vieux sénateurs de Bonaparte, ses maréchaux tarés, les procureurs-généraux, les anoblis de la Restauration, ses trois ou quatre générations de ministres tombés sous la haine ou le mépris public et couverts de notre sang, tout cela rajeuni de quelques notabilités jetées là par la royauté du 7 août, à la condition de n’y jamais parler que pour approuver, tout cet ensemble de servilités d’origines si diverses n’est pas compétent à prononcer sur la culpabilité d’hommes accusés d’avoir voulu forcer les conséquences de la révolution de juillet… » Contre le réquisitoire, Carrel avait écrit : « On pense bien que nous ne pouvons pas laisser ce ramas d’hérésies constitutionnelles, de violations de tous les principes de droit criminel admis chez les peuples civilisés, ces sophismes niais, ces vieilleries de Justice prévôtale, ces âneries de Bridoison, conseiller de chambre étoilée, sans les accabler de l’inexprimable dégoût que tous les cœurs honnêtes, que tous les esprits éclaires, éprouveront à une telle lecture. Il n’est pas besoin d’indiquer l’objection de sens commun, de vérité, de pudeur, qui naît à chaque phrase de cette indigne rapsodie. » M. de Ségur requit des poursuites. La pairie, « jugeant dans sa propre cause », condamna le gérant du journal, M. Rouen, à deux ans de prison et 10.000 francs d’amende. Il y a lieu de souligner à cette


occasion l’animosité particulière de M. Thiers contre A. Carrel. Il alla jusqu’à chercher à le compromettre dans une affaire d’assassinat. Le renégat se vengeait ainsi de sa honte contre son ancien compagnon de lutte républicaine resté fidèle à son passé.

La Caricature, qui avait publié le dessin vengeur de Daumier, la rue Transnonain, et son épique autant que monstrueux Ventre législatif, fut tuée avec nombre d’autres par la « loi scélérate » de septembre 1835. Daumier marqua cette fin par un dessin caractéristique représentant trois morts de juillet 1830 soulevant la pierre de leur tombeau et disant : « C’était vraiment pas la peine de nous faire tuer ! »

Cette période héroïque de la presse, suite des combats de 1830, finit à la mort d’A. Carrel, en 1836. La presse qui avait lutté énergiquement jusque-là parut écrasée par la loi de septembre. En fait, elle évoluait vers les délices publicitaires moins aventureuses que Girardin et Dutacq lui présentaient et qui allaient « changer en un trafic vulgaire ce qui était une magistrature, et presque un sacerdoce. » (Louis Blanc). La République de 1848 et le 2e Empire n’eurent pas ainsi de procès de presse marquants. Ils avaient d’ailleurs supprimé l’opposition républicaine. Les condamnations et les déportations de 1852 y avaient mis fin en personnifiant la démocratie dans l’homme qui la menait avec le sabre et la proscription, Quand l’opposition reprit des forces vers la fin de l’Empire, on vit le procès de la souscription Baudin en novembre 1868. Les journaux qui avaient ouvert la souscription, l’Avenir national, la Revue politique, le Réveil et l’Avenir furent poursuivis avec leurs rédacteurs Peyrat, Charles Quentin, Challemel-Lacour et Delescluze. C’est dans ce procès que Gambetta, défendant Delescluze prononça son virulent réquisitoire contre les hommes du 2 décembre « chargés de hontes et de crimes ».

Il y aurait à parler des procès de presse de la IIIe République. Ils se sont multipliés contre les journaux socialistes, syndicalistes, anarchistes et aujourd’hui communistes. Ils sont connus de nos contemporains qui n’oublient pas l’histoire. On vit encore s’exercer, jusqu’en 1914, le « libéralisme » de la loi de 1881 dans les procès de la Voix du Peuple, des Hommes du Jour, de la Guerre Sociale, du Libertaire et d’autres qui se déroulèrent en cour d’assises. Quand cette loi ne suffit plus à l’arbitraire gouvernemental, il usa, avec une violence toujours accrue, des « lois scélérates » dans les procès de presse. Les journaux socialistes et syndicalistes furent de plus en plus épargnés grâce à leur « collaborationnisme » succédant à leur opposition. Aujourd’hui, anarchistes et communistes, quoique se combattant âprement, sont égaux devant une répression qui feint hypocritement de les confondre et les frappe plus que jamais.

La liberté de la presse n’est toujours que la liberté d’écrire selon les vues du gouvernement, soit pour l’approuver, soit pour manifester une opposition courtoise qui ne le menace pas dans ses fondements. On est encore loin de la « liberté sans rivages » d’un régime vraiment républicain, On ne l’a connaîtra que lorsqu’on aura conquis toutes les libertés, car elles sont inséparables les unes des autres. — Edouard Rothen.


PRÊTRE n. m. (du grec : presbuteros, plus âgé). En bref, s’appelle prêtre, tout ministre d’un culte religieux.

A part quelques groupes humains, à l’intellect trop rudimentaire, il n’est guère de peuple qui n’ait été la dupe du voyant, du faiseur de pluie, du sorcier, c’est-à-dire du prêtre. Au cours de l’évolution du sentiment religieux, le prêtre est apparu juste à point pour capter à son profit les croyances fétichistes du moment, en s’imposant comme le médium obligé entre