Page:Faure - Encyclopédie anarchiste, tome 4.1.djvu/284

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
PUR
2250


rement satisfait, en ce monde, à la justice divine sont purifiées des peines contractées par le péché, avant d’être admises en la présence de Dieu.

Les anciens n’avaient qu’une idée très vague du purgatoire ; nombre de peuples même l’ont totalement ignoré. Les Grecs avaient imaginé des limbes, séjour des enfants morts jeunes et un purgatoire où des traitements peu rigoureux purifiaient les âmes, mais ils n’en avaient tiré aucun corps de doctrine. Le Lamaïsme, dérivé du Bouddhisme, admet, ainsi que certains peuples Tartares, l’existence d’un purgatoire.

Cette doctrine est particulière à la religion catholique. D’après celle-ci, les âmes des hommes qui meurent avec de petits péchés, des imperfections vénielles sur la conscience, ne peuvent entrer, ainsi souillées, au royaume des cieux. Elles ne méritent pas, pour ces légers manquements, la damnation éternelle. Il doit y avoir un lieu de purification possible. C’est au purgatoire qu’elles iront. Là, les âmes souffriront des peines proportionnées à leurs fautes et demeureront un temps déterminé selon la gravité de leurs péchés. De plus, les vivants ont la précieuse faculté — précieuse surtout pour les finances de l’Église — de soulager les âmes du purgatoire et abréger la durée de l’expiation, par des messes, des bonnes œuvres, des prières, faites à leur intention. L’Eglise s’est bien gardé de définir ni le lieu exact où se trouve le purgatoire, ni la nature des peines endurées par les âmes. Elle laisse cependant supposer que ces peines consistent en supplice du feu.

L’Église a professé, au cours des âges, les opinions les plus vagues, les plus variées, les plus contradictoires au sujet du purgatoire. Elle n’a d’ailleurs érigé cette croyance en dogme qu’après le concile de Florence, en 1439. Les Hébreux n’en avaient aucune idée. Leur livre religieux, l’Ancien Testament, n’en parle pas. Dans le Nouveau, il n’y a que d’imprécises allusions. encore faut-il beaucoup de bonne volonté pour considérer les versets 32 et. suivants de l’Évangile selon saint Mathieu (XII) comme une indication. Sur ce point., les pères de l’Église ont eu, à propos du purgatoire, des opinions divergentes, allant jusqu’à s’annuler l’une l’autre.

D’abord ils crurent que les âmes ne sont pas jugées après la mort, mais qu’elles doivent attendre la résurrection des corps, au jugement dernier, pour être punies ou récompensées. Ensuite, certains estimèrent le contraire et imaginèrent le purgatoire. Saint Augustin nie, dans plusieurs de ses Œuvres, l’existence du purgatoire. Saint Fulgence n’y croit pas, mais Origène l’admet fermement.

Cette doctrine s’imposa surtout après l’institution de la fête des morts (xie siècle) qui fut créée sur la foi apportée au récit suivant : « Un pèlerin, revenant de Jérusalem, fut jeté dans une île où il trouva un ermite qui lui apprit que l’île était habitée par des diables qui plongeaient les âmes des trépassés dans des bains de flammes. Ces mêmes diables ne cessaient de maudire saint Odillon, abbé de Cluny, lequel, par ses prières,


leur enlevait des âmes. Rapport de cela ayant été fait à Odillon, celui-ci institua, dans son couvent, la fête des morts. (Légende rapportée et certifiée digne de foi par le cardinal Pierre Damien, — d’après Voltaire —). L’Église adopta bientôt cette solennité.

Comme l’usage de racheter, par des aumônes et les prières des vivants, les peines des morts et des âmes du purgatoire, commençait à se généraliser et que, d’un autre côté, le pape délivrait pour cela des indulgences qui avaient une capacité de rachat supérieure aux simples prières, la fête dégénéra vite en abus. Les prêtres et les moines mendiants surtout, se firent payer pour tirer les âmes du purgatoire. Ils ne parlèrent plus que d’apparitions de trépassés, d’âmes errantes qui venaient implorer du secours, des châtiments éternels et des calamités qui punissaient les vivants assez hardis pour refuser du secours. Ce trafic éhonté des indulgences augmenta encore après l’institution des « jubilés » par Boniface VIII (1300). Pour permettre à tous les croyants de participer aux grâces que l’Église promettait en retour d’un pèlerinage à Rome, on institua des jubilés tous les 25 ans. Ces jubilés étaient l’occasion d’une vente massive d’indulgences plénières ou partielles.

Le commerce non dissimulé des indulgences, la rapacité des prêtres et des moines qui profitaient de la circonstance pour accroître leurs revenus déjà plantureux, les multiples excès résultant de cette coutume firent énormément pour le progrès des hérésies précédant la Réforme. (Voir ce mot). Afin de réprimer ces abus et pour lutter contre les ravages du protestantisme naissant, l’Église, soucieuse avant tout de ses intérêts spirituels et matériels, codifia la doctrine du Purgatoire et l’érigea définitivement en dogme au cours des conciles de Florence, en 1439, et de Trente, en 1545.

En admettant cette croyance chère aux classes pauvres, en faisant sienne cette superstition, l’Église se montra logique avec elle-même, car sans Ce royaume intermédiaire, elle ne saurait se tirer des contradictions et des absurdités qui découlent de la croyance au paradis et à l’enfer et du péché originel.

Pour ce dogme, comme pour tous les autres, l’Église, obligée par ses prétentions théocratiques, d’imposer au monde un certain nombre de croyances indémontrables, contrainte de répondre sans cesse aux hérésies renaissantes, en évitant de heurter trop directement le sens commun et les croyances générales, à dû imaginer une théologie qui répondait à toutes les objections. Elle a dû, pour sauvegarder l’essentiel de son patrimoine : ses intérêts financiers, progresser sans cesse dans l’absurde, et par des atténuations, des détours, des subtilités, donner au dogme un caractère et des formes en accord avec les besoins et les opinions du moment. Jusqu’au jour où, lassée des objections et des arguments dont l’intelligence humaine, sans cesse en progrès, commençait à l’accabler, elle eut l’idée (qui clôturait toute discussion !) de faire un « mystère » du dogme incriminé. — Ch. Alexandre.