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ment de la prévoir ; à présent, il la passe sous silence. Alors, je ne vois plus la différence avec l’opportunisme… Ah ! Ceux d’autrefois qui marchaient intrépidement, le front levé vers l’idéal, sans se préoccuper des contingences ! Et ne me dites pas que c’étaient des utopistes, que ceux de maintenant sont – le mot est souvent employé – des réalisateurs. Je voudrais bien savoir ce qu’ils ont réalisé, nos opportunistes. » Cette condamnation du parti radical, portée par un de ses membres resté fidèle à son premier idéal, semble plus vraie encore aujourd’hui qu’en 1927.

L’anticléricalisme lui-même n’est qu’un vieux souvenir ; et les ministres radicaux s’efforcent de le faire oublier en protestant de leur respect pour les croyances religieuses, de leur désir d’être agréables au clergé. Rien n’est plus drôle que de voir Herriot faisant des courbettes aux prélats qui peuvent favoriser son élection à l’Académie française. Protecteurs des mercantis, des banquiers, de tous ceux qui grugent le peuple et organisent la vie chère, les parlementaires valoisiens passent, comme ceux de droite et du centre, aux guichets des grandes entreprises financières commerciales, industrielles, pour toucher la sportule due aux bons serviteurs du Veau d’Or. Simple boutique électorale, le parti radical offre, en abondance, à la veille de chaque scrutin, des formules creuses, des proses hypocrites, des discours sans sincérité. Mais quand il a voté, le citoyen peut attendre la réalisation des promesses faites par ses élus. Orateurs et journalistes lui expliqueront, avec force détails, que les réformes attendues, les transformations souhaitées ne s’accompliront que plus tard, dans un avenir encore lointain. Dans le présent, il faut patienter, se taire ou même trouver la situation excellente, puisqu’un quarteron de ministres républicains dispose de l’assiette au beurre. Sans surprise, j’ai constaté, en 1932, que l’avènement au pouvoir d’un ministère radical coïncidait, en ce qui me concerne, avec un redoublement de persécutions. Mon attitude, lors des fêtes militaires franco-américaines de Luxeuil, en fut sans doute partiellement cause ; mais, surtout, on ne me pardonnait pas de dire tout haut ce que beaucoup de membres de l’enseignement pensaient tout bas, à savoir que des ministres qui se proclamaient amis de la laïcité, en parole, se comportaient, en fait, comme les pires réactionnaires. — L. Barbedette.


RADIOGRAPHIE, RADIOSCOPIE n. f. En 1895, Rœntgen observa que les rayons émanés d’un tube de Crookes, relié aux deux pôles d’une bobine d’induction, illuminaient un cristal de platinocyanure de baryum, même quand ce tube était enfermé dans une boîte de carton enveloppée de feuilles d’étain ou de minces feuilles d’aluminium. Et l’illumination ne disparaissait point, lorsqu’il plaçait sur le trajet des rayons une planche de sapin, une plaque d’aluminium épaisse de 15 millimètres ou un livre de mille pages. Ce fait conduisit Rœntgen à fabriquer un écran avec une lame de verre enduite d’une pâte de platinocyanure de baryum. Placée entre le tube de Crookes et l’écran, sa main fut projetée sur ce dernier sous l’aspect d’une main squelettique. La radioscopie était née ; la radiographie suivit de près, le savant bavarois ayant, de bonne heure, substitué une plaque sensible à l’écran. Il donna à ce nouvel agent, qui se propageait en ligne droite, le nom de rayons X, pour indiquer qu’il en ignorait la nature. Bien qu’ils partent de la région du tube de Crookes, où les rayons cathodiques frappent le verre, les rayons X ne peuvent se confondre avec eux. Ils se propagent d’une façon rigoureusement rectiligne et traversent des corps non transparents pour la lumière ; par contre, ils sont arrêtés par des substances que traversent les rayons ordinaires. Bois, papier, cire, charbon, etc., se laissent


pénétrer, ainsi que, d’une façon générale, les matières d’origine organique. Eau, os, spath, fer, cuivre, mercure, plomb et beaucoup d’autres corps, surtout d’origine minérale, opposent un obstacle plus ou moins infranchissable. On sait maintenant que, dans le spectre solaire, les rayons X font suite aux radiations ultraviolettes. Ce sont des rayons dont la longueur d’onde, très courte, est comprise entre 500 unités Angström et 0 unité 06. L’unité Angström est égale à un dix millionième de millimètre. Ils constituent d’ailleurs toute une gamme qui va des rayons mous, les moins pénétrants, aux rayons durs, les plus pénétrants, et diffèrent entre eux autant que les couleurs qui, par leur réunion, donnent la lumière blanche. Sans avoir encore la place qu’elles mériteraient d’occuper en médecine pour le diagnostic de nombreuses maladies, radioscopie et radiographie sont devenues d’un emploi courant : du moins dans les hôpitaux, car elles exigent la présence d’appareils coûteux, compliqués et d’un maniement délicat. On apporte sans cesse de nouveaux perfectionnements au matériel radiologique. Ce sont les ombres, les silhouettes données par les rayons X que l’on utilise. La propriété qu’ont ces derniers d’être complètement ou partiellement absorbés par certains corps, ainsi que celle de provoquer la luminescence de diverses substances, sont mises à profit. Comme leur propagation est rectiligne, les ombres sont produites de la même façon qu’avec la lumière ordinaire. Dans la radioscopie, on observe celles qui résultent du corps ou de l’organe placé sur le trajet d’un faisceau de rayons X et qui se détachent sur un écran, rendu luminescent grâce au platinocyanure de baryum. L’adaptation visuelle joue alors un grand rôle, car l’œil de l’observateur ne doit pas recevoir d’autre lumière que celle de l’écran ; l’examen demande l’obscurité la plus complète. Dans la radiographie, on remplace l’écran par une plaque photographique entourée de papier noir. Si on la développe et la fixe, après une durée d’exposition suffisante, on possède une reproduction de l’ombre radioscopique.

C’est l’énorme avantage de la radiographie de permettre un examen plus minutieux et plus détaillé des ombres ; seule, elle rend possible la découverte de certaines lésions : celles des os, par exemple ; elle fournit des éléments de comparaison fort instructifs. Mais quand il s’agit d’organes animés de mouvements rythmiques ou qui participent à l’élévation et à l’abaissement du diaphragme, la radioscopie se révèle préférable. Habituellement, la radiographie est d’ailleurs précédée d’un examen radioscopique, afin d’obtenir des indications sur la meilleure manière de photographier la région du corps malade. Suffisante lorsqu’il s’agit d’apprécier une fracture nette des os ou la place exacte d’un corps étranger opaque, d’une balle par exemple, la radiologie a généralement besoin, pour fournir des renseignements sûrs, d’être associée aux autres procédés cliniques et aux procédés de laboratoire. N’oublions pas, en effet, qu’elle dispose seulement d’ombres, agrandies dans un faible rapport, d’ordinaire, mais le plus souvent déformées ; et la superposition des silhouettes, l’inégalité des agrandissements et des déformations qui résultent de la diversité des plans traversés par les rayons, rendent particulièrement difficile l’interprétation des images radioscopiques. Un long apprentissage est nécessaire au médecin, avant qu’il parvienne à établir de bons radiodiagnostics. Lorsqu’il s’agit des rayons X, transparence et opacité dépendent du poids atomique des éléments constitutifs des corps, et aussi du nombre d’atomes contenus par unité de volume. C’est parce qu’elles ne renferment guère que des éléments de poids atomiques faibles : hydrogène (1), carbone (12), azote (14), oxygène (16), que les chairs se laissent facilement pénétrer. Dans les os, on trouve, en outre, du phosphore (31) et du calcium (40) ; le poids atomique élevé de ces corps explique l’opacité du système