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VEG
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cet auteur est particulièrement qualifié pour traiter de cet important sujet. Au cours d’un des chapitres de son livre ayant trait à la révolte des nationalistes chinois surnommés Boxers, en 1900, il nous apprend que les soldats japonais qui coopèrent en liaison avec le corps expéditionnaire constitué par les grandes puissances pour réprimer, avec l’aménité que l’on sait, ce mouvement xénophobe, bien que n’étant, eux aussi, nourris que de quelques poignées de riz et d’un peu de haricots cuits à l’eau, éclipsèrent d’une façon humiliante, grâce à leur étonnante vigueur physique, tous les autres contingents y compris les gigantesques Sammies cependant rompus à la pratique des sports mais qui, hélas ! apprécient mieux qu’il ne convient de le faire, copieuses côtelettes et respectables biftecks.

Lorsque la Rome décadente fut assaillie par les Barbares, elle enrôla dans ses légions, les gladiateurs. Ceux-ci, que l’on gorgeait de viande afin d’accroître, à tort ou raison, leur férocité, se révélèrent incapables de résister aux fatigues de la guerre que supportaient allègrement les autres légionnaires, alimentés plus frugalement.

Pénétrons maintenant sur le terrain sportif, ce critérium par excellence de la force pure. Nous y trouverons confirmation de ce qui précède. Qui ne connaît les inégalables exploits du finlandais Paavo Nurmi, qualifié par toute la presse mondiale et par tous les critiques sportifs, de « phénomène de la course à pied » ? Pendant plus de dix ans il triompha de tous les compétiteurs et brilla d’un éclat tout particulier dans presque tous les compartiments du sport pédestre, en s’attribuant par la même occasion, d’innombrables records mondiaux, tant officieux qu’officiels. C’est ainsi qu’il détint ou détient encore les records du monde du 3.000 mètres, du 5.000 mètres, de la demi-heure, de l’heure, du « Marathon ». sans compter tons les records intermédiaires. Il conquit les palmes olympiques aux Jeux d’Anvers, de Paris, d’Amsterdam, au cours de nombreuses épreuves disputées et se fut très certainement classé premier, aux récents Jeux Olympiques de Los Angelès, dans la compétition marathonienne, si une intempestive disqualification pour faits de professionnalisme ne l’eût évincé de ce tournoi. Eh bien ! Nurmi est végétarien et fils de végétariens.

Son initiateur en matière sportive et compatriote Kollemainen, autre virtuose de la course à pied, qui s’affirma à son époque le meilleur coureur pédestre de demi-fond en battant le célèbre Jean Bouin considéré jusqu’alors comme étant invincible, dans une course de 5.000 mètres, tout en s’adjugeant le record mondial de la distance pendant les Jeux Olympiques de Stockholm, était lui aussi fervent végétarien.

Fort de cet enseignement, un jeune coureur à pied français, Jules Ladoumègue, grand admirateur des athlètes précités, hanté par le désir de s’illustrer dans la carrière sportive, et convaincu que le régime adopté par les deux redoutables Finlandais était à la base même de leur supériorité n’hésita pas à proscrire la viande de son alimentation. Cette initiative lui permit de s’approprier certains records pédestres mondiaux et, conséquemment, la gloire qu’il briguait tant. (Lire ses mémoires parues dans le Miroir des Sports).

Au cours de 1932, l’Intransigeant, puis Naturisme, nous entretinrent des légendaires exploits pédestres de certains coureurs mexicains, des Tarahumaros, observés par le professeur norvégien Lumoltz. L’un d’eux avait parcouru 36 k. 600 sur piste en terre battue en deux heures ; un autre 270 kilomètres au cours de la même journée, cependant qu’un troisième avait franchi en cinq jours près de 1.000 kilomètres sur route. Ces temps constituent des records mondiaux officieux. Or, ces Tarahumaros sont également abstinents et végétariens.

Le professeur Jules Lefèvre, dans son Examen Scien-


tifique du Végétarisme fait une narration des grandes compétitions pédestres qui mirent aux prises, avant 1914, en Allemagne, des représentants de clubs végétariens, avec les coureurs de grands fonds réputés invincibles. Au cours des épreuves Berlin-Vienne et Dresde-Berlin ce furent les équipes végétariennes qui triomphèrent en s’appropriant les cinq et six premières places. Si bien que la presque totalité des records mondiaux pédestres sont littéralement « trustés » par des pratiquants du végétarisme.

Nous croyons inutile d’insister outre mesure sur ce chapitre d’autant plus édifiant qu’il n’existe, de par le monde, que quelques centaines d’athlètes végétariens en opposition aux trente et quelques millions d’athlètes omnivores et que, toutes proportions gardées, aucun des premiers ne devrait accéder à cette gloire tant enviée qui leur est si chaudement mais… vainement disputée.

Ces exemples suffiront, nous osons l’espérer, à mettre en évidence l’inutilité d’une diététique hyper-azotée et, par conséquent, carnée, attendu que tant expérimentalement que théoriquement, ce sont les régimes à prédominance amylacée, harmonieusement vitalisés et minéralisés qui s’avèrent comme étant logiquement doués de plus grandes vertus.


N’ayons pas la naïveté de nous imaginer, après ce qui précède, que notre fantaisie culinaire pourra, sans limites aucune, s’exercer, tyrannique, dans le champ relativement étendu des comestibles végétaux. Certaines variétés, en raison de sérieuses incompatibilités, doivent alerter notre méfiance sinon dicter un ostracisme prudent. Maints procédés de cuisson et de préparation culinaire en honneur appellent également de sévères proscriptions car ils jouent un rôle important clans la pratique d’un régime.

Malgré leur généreuse richesse en hydrates de carbone, sels minéraux et vitamines qui les situent au faîte de l’aristocratie alimentaire : pois, haricots en grains, lentilles, fèves se discréditent par leur teneur exagérée en matières protéiques. S’ils n’offrent pas, comme la viande, le grave inconvénient d’hospitaliser des légions de toxines, le fait qu’ils titrent 23 à 25 % d’éléments albumineux n’autorise guère, à leur égard, de tolérance valable. Ce sont de puissants générateurs d’urée et d’acide urique et les dangereuses fermentations intestinales qu’ils favorisent ne militent guère en faveur de leur défense.

Toutefois, les fins gourmets, doués d’une constitution véritablement robuste, pourront se permettre, de loin en loin, de les faire figurer à leurs menus. Mais ils devront se souvenir que les récidives fréquentes ne seront.pas sans avoir de fâcheuses conséquences… Quant aux arthritiques (hélas ! qui peut se vanter aujourd’hui de ne l’être peu ou prou) ils agiront sagement en se refusant toute licence. C’est pour des motifs analogues que nous devons restreindre la consommation des œufs. Leur titre élevé en albuminoïdes (14 à 15%) les classe parmi les aliments fermentescibles et arthritisants. Réservons-les surtout pour les confections de pâtisseries et d’entremets sans nous croire cependant obligé d’en agrémenter tous nos repas (mêmes remarques que ci-dessus concernant les arthritiques).

Bien que moins toxique et beaucoup mieux équilibré que les œufs parce que contenant tous les principes nécessaires à la nutrition, sans réaliser cependant l’équilibre désirable, les adultes ne devront jamais regarder le lait comme un aliment de base en dépit de l’opinion de beaucoup de médecins. N’oublions pas que c’est avant tout l’aliment du nourrisson en bas-âge et que l’estomac de l’adulte ne secrète plus le lab-ferment indispensable à son intégrale digestion (Dr Durville). La façon la plus rationnelle de le consommer, c’est de l’adjoindre à certains potages, céréales, entremets, etc… Liquide, cru ou cuit, mélangé à chocolat, thé