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mot d’ordre identique au sien, concernant le thomisme. Même en Sorbonne, la scolastique est redevenue, avec Gilson, l’objet d’un enseignement favorable, en définitive, aux prétentions cléricales ; et un Brunschvig vigilant chien de garde de la bourgeoisie, favorise secrètement de tout son pouvoir ceux qu’il juge animés d’un esprit nettement réactionnaire. Malheur aux mauvaises têtes qui se dressent contre les traditions et les croyances que nous légua le passé ! Certes tous nos pontifes de la philosophie officielle ne prétendent pas, comme le thomiste Gillet, que pour résoudre le problème de la connaissance, il n’était pas nécessaire « d’opposer l’un à l’autre la pensée et l’être ; mais, qu’au contraire, la pensée appelait l’être comme la matière sa forme, et plus généralement la puissance son acte, en vertu d’une loi mystérieuse d’attraction à laquelle paraît soumis l’Univers. » À l’être cher aux scolastiques, et objet final de toutes leurs recherches, beaucoup de sorbonnards actuels préfèrent le devenir entendu à la manière fumeuse de Bergson. Comme les scolastiques, ce sont des verbomanes dont la préoccupation essentielle est de maintenir un spiritualisme désuet et les vieux préjugés bourgeois. — L. Barbedette.


SCULPTURE n. f. La sculpture a été un des premiers moyens d’expression employés par l’homme ; elle constitue les traces les plus anciennes de son séjour dans tous les pays, des témoins de civilisations antiques qu’on retrouve enfouis dans les sables ou sous les végétations des forêts.

C’est l’art de représenter dans une matière durable les êtres vivants, de leur donner ainsi l’immortalité : voyez au Louvre, la tête de basalte de l’époque saïte, quelle vie intense se dégage de ce morceau de pierre. Et de même ce chien qui, assis, les oreilles dressées, a vu défiler les siècles, n’est-il pas devenu immortel au même titre que les dieux et les pharaons de la vieille Égypte ?

La figure humaine peut être représentée en pied, nue, drapée ou habillée ; c’est une statue ; deux ou plusieurs statues forment un groupe ; un buste est la représentation de la tête avec une partie plus ou moins grande du cou et des épaules. Lorsque la sculpture est traitée sur un fond, l’œil ne peut en faire le tour comme dans une ronde-bosse ; elle peut avoir plus ou moins de relief, ce sera un haut-relief, un bas-relief ou une médaille ; en architecture, on emploie le haut et le bas-relief pour décorer les surfaces, les frontons, etc., au moyen de figures d’hommes ou d’animaux ou d’ornements tirés de la flore, de la faune ou de la géométrie.

En général, le sculpteur qui veut monter une figure commence par la modeler en terre glaise, puis, ayant procédé à son moulage, il obtient un modèle en plâtre qui peut être coulé en bronze ou reproduit en marbre, en pierre ou en bois. Il n’y a guère que des génies, comme Michel Ange, qui attaquent directement le marbre sans passer par la terre et le plâtre !

C’est toute l’histoire humaine que raconte la sculpture. « Une histoire de la sculpture, écrit Gustave Geffroy, est la réunion dans le même temple, de tous les Dieux opposés, de toutes les divinités ennemies, de toutes les races réconciliées. »

Les périodes d’apogée de l’art que les monuments et les sculptures retrouvés ont pu nous faire connaître, se placent dès l’an 4000 avant l’ère chrétienne en Babylonie et en Égypte, dès l’an 2500 dans l’Archipel, et dès l’an 1000, en Grèce ; cette dernière période qui vit des artistes merveilleux, comme Phidias et Praxitèle, eut une influence immense sur la Renaissance italienne. C’est seulement depuis l’an 1000 de notre ère que l’art put se développer dans l’Europe occidentale.

La sculpture égyptienne révèle une habileté technique parfaite, mais des conventions archaïques qui l’ont empêchée de s’élever librement. Dans toutes les œuvres,


des plus monumentales, comme le Grand Sphinx, aux plus petites statues de bois, de bronze ou d’or, on reconnaît la parenté, le même style, ce caractère vertical de durée, cette sérénité. Quand on songe aux moyens primitifs dont disposaient les artistes égyptiens, les chefs-d’œuvre conservés au Louvre évoquent à nos yeux la longue suite des siècles où des milliers d’esclaves taillaient et polissaient ces géants de granit, y usaient leurs forces et mouraient à la peine… mais leurs œuvres vivent encore !

En Assyrie, en Perse, la pierre manquant, c’est la brique émaillée qui servait à composer les bas-reliefs décorant les palais ; cette fragile matière est parvenue jusqu’à nous, témoin la prise des Archers, au Louvre.

Si l’Égypte donne une idée de force, la Grèce a cherché à représenter la beauté. Dans les îles de l’Archipel, en Crète, notamment, se développa un art, prélude de l’art grec, dégagé des entraves de la tradition et du despotisme. Les Grecs, épris de liberté, aimant le beau et le progrès, surent très vite exprimer la vie intérieure, leurs déesses commencèrent à sourire, les frontons de leurs temples se couvrirent de puissantes compositions où les mouvements des corps racontent les événements. Polyclète est l’auteur du Doryphore qui a donné le canon, c’est-à-dire les proportions idéales du corps humain ; il fut, avec Myron (auteur du Discobole) contemporain du Grand Phidias, (431 av. J.-C.), auquel on doit la décoration du Parthénon, magnifiques hauts-reliefs, frontons, métopes, et la frise en bas-relief des panathénées qui restent, malgré les mutilations, les merveilleux chefs-d’œuvre qu’on n’a jamais surpassés. On attribue à l’École de Phidias la forte et sereine Vénus de Milo. Après lui, Praxitèle, Scopas et Lysippe maintinrent la beauté et la Grâce en accentuant l’expression des sentiments. De nombreuses stèles funéraires avec de délicats bas-reliefs font revivre l’esprit modéré des Athéniens, leur vie active, le charme de leur intimité.

Plus tard, l’art grec se répandit dans tout l’Orient et se figea dans l’art bizantin. Après la conquête de la Grèce, par Rome, il s’implanta en Italie, où il prit de plus en plus un caractère individuel, de sorte que la sculpture romaine est surtout remarquable par les portraits.

Au moyen âge, l’unique prédominance de l’église donna une direction unique à l’art. Les sculpteurs romans, souvent des moines, ornaient les églises de bas-reliefs toujours conventionnels, d’ornements géométriques compliqués. Au XIIIe siècle, l’épanouissement de l’art gothique se lit encore sur les grandes cathédrales, c’est un retour à l’étude de la nature, la flore du pays recouvre les chapiteaux, les allégories morales, les saisons, les travaux agricoles, les arts, les métiers tout est matière à de vivantes statues. Les vierges sont des mères tendres et souriantes ; mais, si elles ont la sérénité des statues grecques, elles sont toujours habillées.

En Italie, l’art gothique fut tempéré par l’exemple des monuments de l’art antique et l’on voit les bas-reliefs du baptistère de Pise sculptés par Nicolas de Pise comme un sarcophage romain. Cette influence de l’antique continua à se faire sentir ; la tribune des chanteurs de Lucca delle Roblia à Florence, merveille de vie et d’expression, réalité vivante directement observée. Donatillo à Florence ; Verrochio à Venise ; Ghiberti avec ses portes du Baptistère ; puis, au XVIe siècle, Michel-Ange, Jean de Bologne, Benvenuto Cellini, firent, dans une merveilleuse Renaissance, refleurir l’art antique animé d’une vie nouvelle.

Le même mouvement se retrouve en France, au XVIe siècle, avec Germain Pilon et Jean Goujon ; au XVIIe, avec Guillain, Girardon, Coysevox, Couston et Puget ; au XVIIIe, avec Falconet, Houdon, Canova, Clodion, Pigalle. Enfin, au XIXe, Rude, avec son entraînante Marseillaise à l’Etoile, Barye l’animalier, Cha-