Page:Faydit de Terssac - À travers l’Inde en automobile.djvu/48

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KRISNAGAR, 12 MAI.

Une quiétude mélancolique plane sur les rivières indoues, que l’aridité de leurs bords semble devoir dépouiller de toute grâce. Leurs eaux, dont la tonalité éteinte s’harmonise et se mêle avec les étendues de sable des lits desséchés, s’écoulent si paisiblement qu’on éprouve le désir, sans cesse renaissant,de s’abandonner à ce calme courant, pour aller se perdre avec lui dans le repos des lointains infinis. L’âme populaire, émue de la majesté triste de ces fleuves, les a fait habiter par des divinités dont la puissance purifie de tous les-péchés, apaise tous les doutes, donne la paix. Elle confiance humaine, en un être ou en un Dieu, a quelque chose île si grand et de si touchant, que la consécration par ce sentiment d une des forces de la nature, l’entoure d’un halo de miséricorde et de dignité.

La Jillinghee qui passe à Krisnagar est un de ces cours d’eau sacrés. Ses flots entraînent toutes les douleurs des Bengalis, dont les humbles habitations se mirent dans ses ondes tranquilles. Les berges sont très escarpées, glissantes, crevassées par les pluies et sillonnées de sentiers, qui permettent aux habitants d’aller jusqu’au fil du courant, se baigner, prier, puiser de l’eau, participer, en un mot, à cette vie spéciale et absolument indoue qui s’épanouit sur le bord des rivières aux premières heures du jour.

Pour faire descendre la machine aux « ferrets », bacs en bambous servant à transporter d’une rive à l’autre les charrettes et leurs attelages, il y a des difficultés considérables. M. H... nous