Page:Fiel - Le roman de Colette, 1945.djvu/33

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 31 —

— Je regrette d’avoir été aussi impulsif… que Mlle Colette veuille bien me pardonner. Toute ma vie ne sera pas de trop pour faire oublier ma cruelle vivacité… M’accorderez-vous tout de même la main de Colette ?

Mme Tiguel était fort émue. La demande de Jacques, la révélation de l’aveu de Marcelle, le repentir du futur fiancé, après la terrible émotion éprouvée, dépassaient ses forces. Elle répondit, tremblante :

— Ce sera à Colette de se prononcer… Revenez dans quelques jours, Monsieur… Sans doute pourra-t-elle vous recevoir, parce que le docteur, venu encore tout à l’heure, nous a confirmé l’espoir de ce matin.

Il s’en alla, le cœur moins meurtri.

Quatre jours passèrent durant lesquels la santé de Colette s’affermit. Ce que lui apprit sa mère, concernant Jacques, aida puissamment au mieux manifesté. En revanche, elle fut peinée des menées de Marcelle car, bien qu’elle la sût jalouse et vindicative, elle était loin de se douter que sa nature la pousserait à de tels excès. Aussi, quand Marcelle revint un soir pâle et repentante, elle ne put lui adresser le sourire avec lequel son affabilité l’accueillait toujours.

— Pardon… murmura son amie.

Ce seul mot fut dit d’un tel accent, que Colette la regarda sans pouvoir répondre.

— Je t’ai gravement nui, reprit la jeune fille, mais j’expierai… un voile s’est déchiré devant mes yeux aveuglés, ma conscience s’est éclairée soudain, et bientôt j’entrerai dans un couvent pour me consacrer aux malades.

— Toi ! s’écria Colette stupéfaite.

Dans ce cri perçait un étonnement incrédule. Il exprimait un doute que le caractère de Marcelle autorisait. Mais, en l’examinant bien, Colette devina le changement qui s’était opéré dans cette âme.

L’expression du visage différait. Une lumière transfigurait ses traits, et les yeux, devenus moins aigus attiraient par leur profondeur.

Colette n’osait plus exprimer les reproches qu’elle se promettait pour confondre son amie.

Une humilité si grande en même temps qu’une noblesse nouvelle auréolaient la jeune fille. Il semblait à Colette qu’elle la voyait déjà avec les ailes mouvantes de la cornette.

— Oh ! Marcelle, murmura-t-elle, ne te crois pas obligée de racheter ton mouvement de colère par une vie d’abnégation.