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prudence rocaleux

pendant dix ans, la femme que j’ai prise pour modèle dans son humilité.

— Oh ! s’exclama Prudence.

— Vous entrez avec moi ?

— Je veux bien…

Elles pénétrèrent dans la maison : c’était celle de Thérèse Couderc. Pendant des années, elle avait occupé une place infime dans la communauté, après l’avoir fondée et assumé l’achat du bâtiment sans un sou vaillant.

Mlle Parate racontait cette vie avec une ferveur qui la soulevait et transfigurait ses traits.

Prudence osait à peine fouler les dalles que la sainte méconnue avait touchées.

— On n’a vraiment pas été bien gentil pour elle, finit-elle par dire. Sarcler les plates-bandes, bêcher le terrain, c’est pas des travaux ordinaires pour une religieuse qui a rendu tant de services ! Pourquoi l’a-t-on rabaissée à ce point ?

— C’était son destin… Elle ne se révoltait jamais, mais elle a été récompensée tout de même, puisque, quelques années avant sa mort, on l’a entourée de soins et d’affection… Mais elle avait pris l’habitude de se résigner, et elle y trouvait plus de satisfactions que dans les honneurs…

— C’est quand même pas une vie, risqua Prudence.

— Je trouve, moi, qu’il est plus facile d’obéir que de commander…

— Ça dépend !

Prudence, qui se sentait de grandes aptitudes pour diriger non seulement une famille mais tout un régiment, ne pouvait concevoir la « douceur » d’obéir que vantait Mlle Parate.

Son « défunt », comme elle le désignait, ne lui ménageait pas les ordres et elle ne trou-