Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/123

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
- 95 -

Le Berry était devenu un milieu d’art particulièrement fécond grâce au mécénat de Monseigneur Jehan le Magnifique, à qui l’histoire reproche bien un peu de tyrannie et quelques fâcheuses exactions, mais qui fut l’inspirateur des merveilles de Mehun-sur-Yèvre et le protecteur d’André Beauneveu. La puissance et l’émotion de ce grand artiste restaient encore prisonnières du maniérisme parisien. Les autres miniaturistes du duc de Berry, Jacquemart de Hesdin et surtout les célèbres frères de Limbourg : Pol, Jannequin et Hermann vont suivre des voies nouvelles[1].

Jacquemart de Hesdin (de Odin, ou Esdin) résidait à Bourges en 1384. Il est l’auteur des Très belles heures très richement enluminées du duc de Berry que conserve la Bibliothèque royale de Belgique (m. 11.060-61). Les deux miniatures initiales, on s’en souvient, sont de la main d’André Beauneveu ; les autres, exécutées par Jacquemart de Hesdin, sont au nombre de dix-huit et représentent : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Apparition des Anges aux Bergers, l’Adoration des Mages, la Présentation au Temple, la Fuite en Egypte, le Couronnement de la Vierge, le Christ et les Anges, la Trahison de Judas, le Christ devant Caïphe, Jésus flagellé, le Portement de Croix, Jésus en Croix, la Mise au Tombeau, Cérémonie des Obsèques.

Cette série est d’un intérêt et d’un attrait constamment soutenus Jacquemart de Hesdin est un grand artiste. Le pontife de la Présentation et une très belle figure dans un remarquable tableau. On sent un maître impatient de proclamer son sentiment du drame humain dans le cortège du Portement de Croix, dans l’assemblée du Calvaire présentée sur un ciel d’un bleu intense, dans l’impressionnante figuration de Frères noirs de la Cérémonie des Obsèques. Mais si Jacquemart de Hesdin apporte de la vie dans le groupement, les gestes, les décors, les expressions, il n’en reste pas moins conventionnel dans le choix des types. Il est soumis à la

  1. Cf. pour Jacquemart de Hesdin et les frères de Limbourg : Dehaisnes op. cit ; P. Mantz La Peinture française du IXe au XVIe siècle, Paris 1898 ; Van den Glieyn, J. Catalogue des Manuscrits de la Biblioth. de Belgique, Bruxelles 1901 ; De Lasteyrie, les Miniature d’André Beauneveu et de Jacquemart de Hesdin. Mon. Piot. I. III ; Delisle, les Heures du duc de Berry, Gaz. des Beaux-Arts 1884. I ; du même, le Cabinet des Livres du Ch. de Chantilly. Revue de l’Art ancien et moderne 1898 ; A. de Champeaux et P. Gauchery, les Arts à la Cour du duc de Berry. Paris 1894 ; A. de Champeaux, le Duc de Berry et l’Art italien. Gaz. des Beaux-Arts 1888, T. II ; P. Durrieu. Les Très riches Heures du duc de Berry, Paris 1904 ; du même Exposition des primitifs (Art. cit.) Lechevallier-Chevignard. Les Styles Français (bibliothèque de l’Enseignement des Beaux-Arts). Cf. aussi pour cette école le Catalogue des Primitifs français et les travaux de de Laborde, H. Bouchot, Salomon Reinach etc.