Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/33

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dans la cour d’une maison de ferme. Notre voyageur descendit de sa voiture et s’approchant du jeune garçon, il lui demanda :

— Dis donc, jeune homme, peux-tu me dire où je suis ?

— Oui, M’sieu, vous êtes su’ l’tas « d’écopeaux ».

— Idiot !

Il remonta dans sa voiture et prit au hasard, au petit bonheur, l’une des quatre fourches du chemin. Quelques arpents plus loin, il vit un vieillard, grave comme un notaire de campagne, perché sur une pagée de clôture, et fort occupé à se fabriquer un sifflet avec une branche de bois blanc qu’il gossait consciencieusement avec son couteau de poche.

— Aïe ! le Père, voulez-vous me dire où je me trouve à l’heure qu’il est ?

— Ben, j’vas vous dire, M’sieu, j’me sus donné à rente à mon garçon la s’maine darnière, et depuis c’temps-là j’m’occupe pus de rien en toute.

— Cré vieille bête, vous pourriez toujours bien me dire où ce chemin-là va ?

— Ben, j’vas vous dire, M’sieu. J’ai soixante et dix-huit ans, et j’ai pas honte de l’dire ; j’ai toujours resté par icitte. Ce ch’min-là a jamais voyagé. Je l’ai toujours vu à la même place. Ya jamais été nune part.


— Vot’fille, M’sieu Desrosiers, comment est-elle de sa personne ?

— Ben, M’sieu, ma fille est belle, pis elle est jolie aussi.