Page:Filion - À deux, 1937.djvu/16

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ses qualités. Il se rappelait combien elle était sérieuse, bonne, douce. Il se souvenait de tout ce qu’elle avait été pour lui, dans ce désert de la grande ville, quand il était arrivé de son lointain village, et pour cela aussi, il lui gardait une reconnaissance émue. Il savait aussi qu’elle faisait à son père malade une part très large, sur ses revenus de couturière dans un grand atelier. Pour cela il l’admirait et la respectait. Mais, quand ils se trouvaient ensemble depuis l’apparition de la fée blonde, il trouvait à son physique toutes sortes de défauts, qu’il n’avait jamais remarqués auparavant, et il en souffrait.

Il trouvait ses robes de couleur trop sombre, étriquées, de matériel trop mince, trop commun. Elle avait des cheveux blonds qui paraissaient fanés, comparés à ceux d’une autre jeune fille blonde. Elle sentait par un réflexe, ce changement presqu’imperceptible dans les manières de son ami. Il ne mettait plus le même entrain à lui dire bonjour, il ne lui disait plus de ces mots tendres qui autrefois caressaient son oreille, elle désirait les entendre à nouveau, afin de s’assurer qu’il ne s’éloignait pas d’elle graduellement. Autrefois il l’appelait : ma Lucille, ma petite Lucille, ma chérie. Il lui disait Lucille, et toujours Lucille, il n’y mettait aucune tendresse, bien plus, à certains moments sa voix était presque brève. Il venait à elle, mais il avait oublié son cœur quelque part en chemin. Ce soir, tout en terminant les derniers préparatifs de sa toilette, elle se remémorait tous ces indices qu’elle