Page:Filion - À deux, 1937.djvu/173

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Cet après-midi, il pleut, il pleut une pluie chaude, tranquille, faite pour donner le noir. Laure, se demande ce qu’elle va bien devenir, renfermée dans cette maison. Au champ, en plein air, elle jouit d’une telle liberté qu’elle ne s’aperçoit presque pas qu’elle est chez les autres. Elle est descendue de sa chambre avec un travail de broderie, et est venue prendre place parmi les autres femmes qui s’approchent des fenêtres afin d’utiliser toute la lumière qui entre. Elle a commencé de travailler, mais très souvent quand Hélène lève les yeux, elle la voit, le travail retombé sur ses genoux, l’aiguille en l’air.

La jeune fille se dirige vers sa mère qui confectionne une robe pour l’une des dernières fillettes. Elle lui adresse quelques mots à voix basse.

La réponse est un « oui ».

Alors Hélène, joyeuse d’apporter une diversion à la jeune fille qui est affreusement triste, propose :

— Nous allons nous baigner.

Laure s’excuse :

— Je n’ai pas ce qu’il me faut.

— Qu’à cela ne tienne, nous te prêterons un costume.

Recouverte d’un ciré, elles partent en babillant, elles descendent la longue côte qui conduit au fleuve. Tout l’entrain de Laure revient. La jeunesse a besoin de mouvement, elle, plus que tout autre afin d’éviter de penser. Dans quelques jours, elle devra reprendre le chemin de la métropole.