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chir le passage de la terre à la vie éternelle. Dans un froufrou de sa robe de soie, dans un toc, toc de ses talons pointus, que Lucille amortit autant que possible, elle se précipite la première dans la chambre de Laure. Elle s’agenouille au pied du lit, elle ne veut pas troubler cette âme chrétienne qui se prépare à se présenter devant son Créateur. Comme autrefois dans l’église Saint-Jacques, à la vue de Laure, mais non pas pour la même raison, elle sanglote éperdument. Alexandre est venu s’agenouiller à côté d’elle. Il regarde avec une expression indéfinissable de tristesse et d’apaisement cette belle figure qui lentement devient rigide. Il entraîne sa femme que tant d’émotions ébranle trop fortement, après cette longue route en chemin de fer.

— Viens te reposer, Lucille, tu reviendras tantôt dans la chambre de Laure, elle aura sa connaissance, vous pourrez échanger quelques paroles.

— Alexandre, tu veux me leurrer, dit-elle, très bas. Tu vois bien que c’est fini.

Elle suit docilement la main qui la dirige vers la porte.

Presqu’aussitôt Laure s’est dressée sur ses oreillers et a crié un grand cri. Quand elle est retombée, elle avait cessé de vivre, cessé de souffrir. Son pèlerinage en cette vallée de larmes était terminé.

On reste à genoux auprès de la morte, on continue de prier, quand tout à coup la porte s’ouvre et une femme se précipite sur le corps de la jeune