Page:Filion - À deux, 1937.djvu/30

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me. Sur le coup, il fut un peu saisi, mais il l’oublia vite sous le charme de la parole ardente du prêtre ; et n’était-il pas en compagnie de Laure ? de Laure qui en s’avançant aux premières rangées à ses côtés, avait attiré l’attention de la nombreuse assistance.

Il n’en fut pas de même de Lucille. Aussitôt qu’ils se furent placés, elle retourna sur ses pas et vint s’agenouiller quelques bancs derrière eux. Elle ne pouvait détourner ses regards de Laure. Elle portait un manteau en rat musqué, une toque de velours brun, d’où s’échappaient légers et flous des cheveux plus dorés que les blés murs. Elle établissait mentalement un parallèle entre sa petite personne trop mince, fagotée d’un manteau d’étoffe bleue, dont la couleur était passée par deux longs hivers de service. Ses cheveux, c’était de la filasse comparés à la toison lumineuse qu’elle devinait sous le minuscule chapeau. Son impression de rivale, et d’impossibilité de lutte se précisa en une image tangible. Elle n’entendit pas un mot du sermon et ne pensa même pas en avoir du remords, il n’y avait place en ce moment dans son cœur que pour la souffrance mortelle qui le pressurait ; au moment du salut du Très Saint Sacrement, elle s’agenouilla, mit sa tête dans ses deux mains, et pleura silencieusement. Quand Laure et Alexandre redescendirent la grande nef pour gagner la porte de sortie, elle était toujours abîmée dans sa douleur.

Aussitôt dans la rue, Laure s’informa :