Page:Filion - À deux, 1937.djvu/75

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Quand Laure eut dit au revoir à son compagnon, et l’eut remercié chaleureusement, elle franchit les marches de l’escalier extérieur de la maison qui lui servait d’abri, depuis sa sortie du couvent : c’était encore un genre de communauté. Tout à coup, de se sentir si seule pour affronter cette nouvelle rencontre avec sa mère, la pauvre enfant glissa sur la pente du désespoir. Que pourrai-je faire de mieux qu’hier soir, que cette nuit ? Je me débattrai dans un labyrinthe dont je ne saurai sortir seule. Et lui … lui… elle ne veut pas le voir. N’avait-elle pas commis un impair en le priant de ne pas se présenter devant sa mère ? À eux deux, n’auraient-ils pas plus facilement remporté une victoire ? Quand Alexandre aurait montré la grandeur de l’amour qu’il lui avait voué, sa mère aurait-elle pu mettre plus longtemps obstacle à l’accomplissement de leurs vœux ?

Elle gravissait lentement les escaliers en se faisant ces réflexions. Elle aurait voulu retarder indéfiniment le nouveau croisement de leurs regards. Sa mère n’allait-elle pas deviner qu’elle l’avait vu ? Pourtant, elle n’était pas sortie avec cette intention, et elle n’avait rien à regretter. Elle revenait avec une nouvelle force pour défendre son amour menacé.

Elle était à la porte du numéro 12, elle ne pouvait plus hésiter, elle pénétra chez elle sans frapper. Elle vit agenouillée au pied du lit, une forme humaine vêtue de sombre, tassée, ramassée sur elle-même, entre ses doigts, un chapelet. De ses yeux,