Page:Filion - À deux, 1937.djvu/8

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tion qu’il lui porte. Les regards admirateurs ne manquent pas à cette beauté par trop exposée : elle tient le premier comptoir près de la porte d’entrée qui s’ouvre sur la rue Sainte-Catherine, dans l’un des grands magasins à rayons de Montréal ; mais aucun des jeunes fats, ni même des vieux beaux qui ont voulu engager un flirt avec elle, n’avaient dans leur regard ce respect mêlé d’admiration. Elle est habituée depuis sa sortie du couvent, à voir les hommes la dévisager, avec une insolence qui la fait rougir jusqu’à la racine des cheveux, elle ne saurait dire pourquoi, mais les manières de celui-ci lui plaisent davantage.

Il vient de disparaître dans l’ascenseur. Les yeux pleins de cette vision, elle sourit aimablement à une cliente en lui faisant choisir parmi les parfums les plus en vogue. La dame, plus très jeune, met un temps infini à se décider : elle trouve trop grisant cet arôme, cet autre vulgaire, malgré la renommée que lui fait la mode d’un jour.

Le grand jeune homme brun est maintenant appuyé à l’autre extrémité de la montre et attend son tour, évidemment désireux d’être servi par ces petites mains dignes d’une princesse.

Il a enlevé son chapeau de feutre mou et elle voit un front large, des tempes bien dégagées, des cheveux bruns lisses et brillants très simplement rejetés en arrière, des yeux noirs perçants, mais limpides.

La jeune fille prend les fioles aux formes diverses et attrayantes, les pose maintenant distrai-