Page:Filion - À deux, 1937.djvu/94

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Quelle idée avaient-elles eue d’aller au café ? Au milieu des passants dans la rue, elles s’étaient senties toutes désorientées. Laure éprouvait une brûlure de ces lettres qu’elle avait déposées dans la poche intérieure de son manteau. Maman Lavoise regardait comme une infamie tous ces regards convergeant vers sa fille. De quel droit, tous ces inconnus la dévisageaient-ils de la sorte ?

Il faisait bien beau, le soleil d’avril chauffait et promettait déjà de beaux jours ensoleillés. Les enfants tête nue couraient la rue, jouant à cache-cache, dansant à la corde. Elles n’en savaient rien. Leurs regards étaient tournés en dedans. Laure croyait dans sa jeunesse et son inexpérience que son trouble était visible sur son visage, il ne tenait pourtant qu’à elle de le maîtriser pour quelques minutes : puis, aurait-on pu y lire le trouble, les détails manquaient. Marie Lavoise, habituée dans un petit village où les affaires de chacun sont les affaires de tout le monde, tellement les potins se transportent vite, ne pouvait s’imaginer qu’il n’en fût pas ainsi à Montréal. Pourtant, s’il lui avait été donné de voir ce que pensaient tous ces piétons qu’elle croisait, elle aurait constaté à son grand soulagement, qu’ils allaient, poursuivant leurs petites affaires, sans attacher à elle et à sa fille la moindre importance. Elles revinrent presqu’aussitôt dans la petite chambre dans laquelle elles avaient déjà vécu tant d’heures pénibles. Laure était bien décidée à tout savoir cette fois, ou à reprendre son travail et ses relations avec Alexandre,