Page:Filion - À deux, 1937.djvu/99

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gueil à ce moment, et c’est sûrement pour cette raison que le bon Dieu nous a si durement punis.

La pauvre femme s’arrêta quelques minutes pour reprendre haleine, et classer à nouveau les détails qui semblaient lui échapper. Ses yeux étaient toujours obstinément clos, comme si la vue de la réalité présente, avait pu faire envoler les souvenirs d’autrefois.

Laure aurait bien voulu questionner sa mère sur la signification juste des expressions neuves pour elle, et dont celle-ci se servait pour la première fois en sa présence, dans cette conversation intime, dont le but était de lui faire connaître ce qu’était, ce qu’avait été Marie Lavoise. Elle avait promis de ne pas interrompre ses confidences, elle tenait parole.

La voix de rêve continua :

— Après une année de ces extravagances pour des gens de notre fortune, il se décida à faire la « grande demande ». Son père vint à la maison un dimanche soir, simple formalité. Pouvait-il être question de le refuser, après nous être montrés ensemble un peu partout, après être allés dans toutes les veillées de la paroisse auxquelles nous avions été invités, avec lui ? On sortit une bouteille de vin, les vieux causèrent quelques minutes sérieusement. Ce soir là, il ne vint pas, toujours suivant la coutume. Nous jouâmes aux cartes, je m’efforçai de me montrer aimable à l’égard de mon futur beau-père. J’avais bien deviné que tout était décidé, et qu’après son départ, papa m’annoncerait à quelle