Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/202

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étaient si serrés les uns près des autres, qu’il fallait se baisser pour passer dessous. Là, nous nous sommes_ reposés à l’omhre, sur un paquet de branches sèches de palmier. Le gamin qui nous suivait ai pied a été chercher le gardien du ’ardin ` qui nous a apporté une grande iatte de dattes, avec des petits pains chau s posés sur un panier plat en paille de couleur tressée. Le ruisseau qui arrose _le jardin, large d’un pied ct profond d’un demi-pouce, coulait devant nous, sous la semelle , de nos bottes , traînant des feuilles sur son courant, . tout comme une riviere. Nous sommes restés la deux grandes heures à causer. Puis nous sommes remontés à cheval et nous nous sommes dirigés sur Karnac. C°est avec un serrement de cœur que nous lui avons dit adieu. Quelle étrange chose ! Etre ému en quittant des pierresl et quand tant d’autres choses nous émeuvent.

J’ai» énormément pensé à Alfred a Thèbes. Si le système des Saint—Simoniens est vrai, il voyageait peut-être avec moi; alors ce n’était pas moi qui pensais a lui, mais lui qui pensait en moi. Et je songe bien aux autres aussi, pauvre mère! Je ne peux admirer en silence. J’ai besoin de cris, de gestes, d’expansion; il faut que je gueule, que je brise des chaises, en un mot que j’appelle les autres a participer a mon plaisir. Et quels autres appeler que ses plus aimés ?

Quand je prends une feuille de papier pour t’écrire, le diable m’emporte si je sais quoi mettre. Puis, de soi-même, ça vient, je bavarde. Je m’amuse, les lignes s’allongent. Mais quand je ne sais plus que dire, je jette sur elles un bon regard d’adieu et je leur dis dans ma pensée : allez-vous-