Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/240

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2 34 CORRESPONDANCE

dans l’église et le tic-tac de l’horloge juchée tout en haut du couvent, sur un rocher.

Nous rapportons une quantité formidable de chapelets. Maxime en a particulièrement la rage. Il en achète partout, prétendant que ce sont des cadeaux qui font grand plaisir et qui ne coûtent pas cher [...]

267. À LOUIS BOUILHET.

Damas, 4 septembre 1850.

Toi aussi, mon fils Brutus ! Ce qui ne veut pas dire que je sois un César !

Toi aussi, pauvre vieux, que j’admirais tant pour ton inébranlable foi ! Tu as raison de le dire, va, tu as été beau pendant deux ans, et le jour où tu as remporté ce fameux prix d’honneur qui décore la cheminée maternelle, ta mère a pu être fière de toi. Mais elle ne l’a jamais été autant que je l’étais, sois-en sûr. Au milieu de mes lassitudes, de mes découragements et de toutes les aigreurs qui me montaient aux lèvres, tu étais l’eau de Seltz qui me faisait digérer la vie. En toi je me retrempais, comme en un bain tonique. Quand je me plaignais tout seul, je me disais : "Regarde-le" et plus vigoureusement je me remettais à l’ouvrage. Tu étais mon spectacle le plus moral et mon édification permanente. Est-ce que le saint, maintenant, va tomber de sa niche ? Ne bouge donc pas de ton piédestal. Serions-nous des crétins, par hasard ? Ça se peut. Mais ce n’est pas à nous de le dire, encore moins de le croire. Le temps,