Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/265

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE GUsTAvE FLAUBERT. 259 i demain, on se sépare, et l’on ne reverra jamais _ son ami intime de la veille au soir; il y a même a cela souvent des mélancolies singulières. Nous sommes venus sur le Lloyd avec un Amé- _ ricain, sa femme et son fils, de braves gens qui voyagent pour passer le temps. Le fils est un gran nigaud de 14 ans, rouge, muet, dégin- gandé et frénétique d’une lorgnette qu’il ne quitte pas. Le mari est un gros petit homme, gaillard, carré, gai. La femme, qui peut avoir 4o ans, parle français avec un petit accent très gentil; figure impassible, blonde, robe de soie, beaucoup de cold cream, l’air tres distingué et tres gracieux. Pendant trois jours, fai travaille scientifiquement ce ménage transatlantique (gens tres comme il faut du reste) et voila le résu tat de mon travail. Le fils est ou sera prochainement mené chez les filles par le courrier de son papa, lequel courrier s’entend avec le dro man pour voler ses maîtres. Monsieur brutalise llâadame qui se lave les yeux avant de se mettre a table. De plus, fai découvert que ce bon Américain est un affreux polisson qui chauffe une petite femme Grecque, épouse diun clrogman du Consulat et la uelle niest pas digne cle nouer les souliers cle laqlady Américaine. Le bonhomme évince son fils et sa femme pour avoir avec la fille des Grecs des entretiens mythologi· ques. ll la trimballe avec eux partout. Nous les avons trouvés ensemble aux clerviches et dans les mos uées. L'autre soir nous marchions seuls avec ' lui cfans la rue de Péra, quand a passé pres de _ nous un affreux chapeau rose couvert cl’un voile noir. l.’Américain siest arrete sur ses talons et siest écrie dans son menton : « Oh l le petit fâme [7.