Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE GUSTAVE FLAUBERT. , 5 i tristesse ne sont pas moins dangereuses que celles du bonheur; elles attirent même davantage. Tu me parles d’espëces clhallucinations que tu as eues; prends-y garde. On les a d’abor dans la · tête, puis elles viennent devant les yeux. Le Fantas- tique vous envahit, et ce sont d’atroces douleurs que celles-là. On se sent devenir Fou. On l’est, et on en a conscience. On sent son âme vous échapper et toutes les Forces physiques crient · a res our la ra eler. PLa iiiort doit Elie quelque chose de semblable, . quand on en a conscience. Je ne vais pas non plus parfaitement bien, mais la machine est bonne, et, quoique les rouages grincent, Faite pour durer longtemps. Je deviens de plus en plus sombre, de plus en plus âcre et hargneux. _.le suis insup- \ portable, jele sens. Tout me blesse et me Froisse; i aurais besoin de quitter tout, d’aller vivre ailleurs, d’aspirer une bonne bouliée d'air. Il me Faudrait de la brise. J’ai besoin de voir des arbres a grande ' chevelure et de chevaucher sur une grande route d'Asie, en plein soleil, dans de la lumière rou e. De même qu'on prend des bains sans être sale, une grande lessive intérieure me serait utile. . Tu crois que faime beaucoup l’étude et l’art . · parce que je m’en occupe. _Si je me sondais bien, peut-être ne decouvrirais-je a cela pas autre chose V que de Yhabitude. Je ne crois seulement qu’à l’éternitê d’une chose, c’est a celle de l’Illusi0n, qui est la vraie verité. Toutes les autres ne sont que relatives. · Ne me traite plus d'êgoïste, même dans ton cœur. Je voudrais l'être, voilà tout. Fasse le ciel · que I y arrive. 4.