Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 6.djvu/203

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DE ,GUSTAVE FLAUBERT, 197 ton retour. Ce sera une grande déception pour ta grand’mère qui est à bout de force et de patience. La route de.Saint-Valéry est toujours là, mais est- elle sûre? `

 La capitulation de Paris, a laquelle on devait

s'attendre pourtant, nous a plongés dans un état indescriptible! C’est à se pendre de rage! Je suis fâché q—ue Paris n'ait pas brûlé jusqu’à la dernière e maison, pour qu’il n’y ait plus qu’une grande , place noire. La France est si bas, si déshonorée, si avilie, que je voudrais sa disparition complète. ‘ Mais j'espère que la guerre civile va nous tuer beaucoup de monde. Puissé-je être compris dans le nombre! Comme préparation à la chose, on va nommer des députés. Quelle amère ironie! Bien entendu que je m’abstiendrai de voter. Je ne porte plus ma croix d’honneur,i car le mot hon- neur n’est plus français, et je me considère si bien comme n’en étant plus un, que je vais demander à Tourgueneif (dès que je pourrai lui écrire) ce qu’ilf`aut faire pour devenir russe. Ton oncle Achille Flaubert voulait se jeter par-dessus les ponts et Raoul-Duval a eu comme un accès de Folie furieuse. Tu as eu beau lire des journaux et t’imaginer ce que pouvait être l’inva- . sion, tu n’en a pas Vidëe. Les âmes iières sont blessées à mort et, comme Rachel, « ne veulent · pas être consolées ». ` Depuis dimanche matin nous `n’avons plus de Prussiens a Croisset (mais il en revient beau- coup à Rouen).iDès que tout sera un peu nettoyé, j’irai revoir cette pauvre maison, que je n'aime plus et où je tremble de rentrer, car je ne peux pas jeter à l°eau toutes les choses dont ces mes-