Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/620

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


quel prix, tous les exemplaires de la Bovary, les jeter au feu et ne plus jamais en entendre parler. » En revanche il a toujours cru que l’Éducation sentimentale était un chef-d’œuvre »[1]

II

Cette prédilection s’explique mieux encore lorsqu’on sait que Flaubert avait mis dans ce roman une « tranche de sa vie » [2]. Comme son héros, Flaubert aima une Mme Arnoux[3]. « En 1838, alors qu’il avait seize ans et demi, il avait été passer ses vacances à Trouville avec sa famille, qui y possédait une terre assez considérable…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

« Il rencontra ou, pour mieux dire, il aperçut une femme qui avait alors vingt-huit ans, car elle est née en 1810. Il la regarda. Il l’admira et, comme il le disait, eut vers elle une grande aspiration. Elle était jolie et surtout étrange…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

« Inconnue elle ne le fut pas longtemps, car elle avait un mari avec lequel il n’était pas difficile d’entrer en relations. C’était un brasseur d’affaires, qui avait les mains dans vingt opérations à la fois, dirigeait à Paris une importante maison de commerce, flairant les truffes de loin et abandonnant sa femme pour courir après le premier cotillon qui tournait au coin des rues, passé maître en fait de réclame, jetant les pièces d’or par les fenêtres et se baissant pour ramasser un sou. Flaubert se prit à l’admirer et restait bouche béante à écouter le récit de ses conquêtes. Il fut admis dans l’intimité du ménage, et continua, sans plus, à contempler la femme. En 1839, en 1840, il les chercha à Trouville, où il revint ; ils n’y étaient pas. Il les retrouva plus tard à Paris, persista à admirer le mari, persista à regarder la femme et persista à se taire. C’est là le grand amour dont il disait : « J’en ai été ravagé »[4].

On retrouve dans l’Éducation plusieurs détails, qui se rattachent à l’existence de Flaubert. Le pays de Frédéric Moreau est Nogent-sur-Seine. Là était précisément le berceau de la famille paternelle de Flaubert ; son grand-père y avait été vétérinaire[5].

Lui-même pouvait rattacher à cette ville des souvenirs d’en-

  1. Faguet. Flaubert, p. 344.
  2. Idem, p. 338.
  3. Correspondance, Ire série.
  4. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 337 et 338.
  5. Caroline Commanville. Souvenirs sur Gustave Flaubert, p. 14.