Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/154

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vomir sur sa collerette. La nourrice aussitôt vint l’essuyer, protestant qu’il n’y paraîtrait pas.

— Elle m’en fait bien d’autres, disait-elle, et je ne suis occupée qu’à la rincer continuellement ! Si vous aviez donc la complaisance de commander à Camus l’épicier, qu’il me laisse prendre un peu de savon lorsqu’il m’en faut ? ce serait même plus commode pour vous, que je ne dérangerais pas.

— C’est bien, c’est bien ! dit Emma. Au revoir, mère Rollet !

Et elle sortit, en essuyant ses pieds sur le seuil.

La bonne femme l’accompagna jusqu’au bout de la cour, tout en parlant du mal qu’elle avait à se relever la nuit.

— J’en suis si rompue quelquefois, que je m’endors sur ma chaise ; aussi, vous devriez pour le moins me donner une petite livre de café moulu qui me ferait un mois et que je prendrais le matin avec du lait.

Après avoir subi ses remerciements, Mme Bovary s’en alla ; et elle était quelque peu avancée dans le sentier, lorsqu’à un bruit de sabots elle tourna la tête : c’était la nourrice !

— Qu’y a-t-il ?

Alors la paysanne, la tirant à l’écart, derrière un orme, se mit à lui parler de son mari, qui, avec son métier et six francs par an que le capitaine…

— Achevez plus vite, dit Emma.

— Eh bien, reprit la nourrice poussant des soupirs entre chaque mot, j’ai peur qu’il ne se fasse une tristesse de me voir prendre du café toute seule ; vous savez, les hommes…