Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/17

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du dix-neuvième siècle amène son auteur sur les bancs de la correctionnelle, pour offenses à la morale publique et à la religion. Toutefois, malgré le pressant réquisitoire de l’avocat général Pinard et grâce peut-être à l’habile plaidoirie de Me Sénard, Flaubert fut acquitté, « attendu qu’il n’apparaissait point que son livre ait été, comme certaines œuvres, écrit dans le but unique de donner une satisfaction aux passions sensuelles, à l’esprit de licence et de débauche, ou de ridiculiser des choses qui doivent être entourées du respect de tous. » !!

Comme beaucoup de chefs-d’œuvre à leur apparition, le livre fut médiocrement compris. Le procès troubla plutôt les lecteurs à son endroit, et les critiques, Sainte-Beuve excepté, montrèrent une clairvoyance contestable. D’autre part, la Fanny de Feydeau, par son extraordinaire succès, manqua de faire oublier le roman de Flaubert. Seul le temps fit monter Madame Bovary à sa place, qui est la première.

Ainsi que l’a très bien remarqué M. Émile Faguet, l’esprit de Flaubert était partagé « entre le besoin de la réalité et le besoin aussi d’une imagination déchaînée et puissamment féconde ; … les deux penchants, s’ils n’étaient pas aussi forts l’un que l’autre, étaient très impérieux tous deux en lui. Car ils se balancent, pour ainsi dire, au cours de sa vie littéraire. Invariablement une œuvre romantique succède à une œuvre réaliste et ainsi de suite. L’alternance est