Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/21

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Il ne quitte guère Croisset et plus que jamais il poursuit la lutte acharnée contre les mots, s’épuise en compulsant les deux mille volumes qu’il croit indispensables à la documentation de Bouvard et Pécuchet. Maupassant nous le fait voir veillant jusqu’à l’aube, « dans le silence calme de la nuit, dans le recueillement du grand appartement tranquille, à peine éclairé par les deux lampes, couvertes d’un abat-jour vert ». Et l’auteur d’Une Vie ajoute : « Les mariniers, sur la rivière, se servaient comme d’un phare des fenêtres de Monsieur Gustave. »

La seule diversion que trouve Flaubert à ce labeur écrasant, c’est d’écrire Un cœur simple, la Légende de saint Julien l’Hospitalier et Hérodias, pages touchantes ou splendides, inimitables.

Ses embarras d’argent se sont aggravés. Mais au milieu de ses tristesses, il éprouvait cependant une joie suprême. Depuis quatre ans il s’est pris d’une tendre affection pour un jeune homme, Guy de Maupassant, le neveu de cet Alfred Le Poittevin, son ami d’enfance le mieux aimé. Avec une inlassable rigueur, il lui a transmis les lois de l’observation et du style, anéantissant tour à tour les essais incertains encore que l’élève lui soumet. Or voici que son « disciple chéri » signe Boule de Suif, parvient d’un bond à la maîtrise. Flaubert a doté les lettres françaises d’un talent robuste, intrépide, classique.

En mars 1879, Jules Ferry, sans rancune