Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/237

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— En vérité, dit l’apothicaire, on devrait bien sévir contre l’ivresse ! Je voudrais que l’on inscrivît, hebdomadairement, à la porte de la mairie, sur un tableau ad hoc, les noms de tous ceux qui, durant la semaine, se seraient intoxiqués avec des alcools. D’ailleurs, sous le rapport de la statistique, on aurait là comme des annales patentes qu’on irait au besoin… Mais excusez.

Et il courut encore vers le capitaine.

Celui-ci rentrait à sa maison. Il allait revoir son tour.

— Peut-être ne feriez-vous pas mal, lui dit Homais, d’envoyer un de vos hommes ou d’aller vous-même…

— Laissez-moi donc tranquille, répondit le percepteur, puisqu’il n’y a rien !

— Rassurez-vous, dit l’apothicaire, quand il fut revenu près de ses amis. M. Binet m’a certifié que les mesures étaient prises. Nulle flammèche ne sera tombée. Les pompes sont pleines. Allons dormir.

— Ma foi ! j’en ai besoin, fit Mme Homais qui bâillait considérablement ; mais, n’importe, nous avons eu pour notre fête une bien belle journée.

Rodolphe répéta d’une voix basse et avec un regard tendre :

— Oh ! oui, bien belle !

Et, s’étant salués, on se tourna le dos.

Deux jours après, dans le Fanal de Rouen, il y avait un grand article sur les comices. Homais l’avait composé, de verve, dès le lendemain :

« Pourquoi ces festons, ces fleurs, ces guirlandes ? Où courait cette foule comme les flots d’une mer en furie, sous les torrents d’un soleil